André Gide et le théâtre. Un parcours à retracer

Vincenzo Mazza

Le 5 mai 2021 constitue une date importante pour les études sur Gide et le théâtre et pour la diffusion de sa pensée et de son œuvre autour des arts de la scène. Car il s’agit de l’accomplissement d’un projet qui a commencé à l’époque du beau colloque André Gide et la musique, organisé par Greta Komur-Thilloy, Peter Schnyder et Frédérique Toudoire-Surlapierre au Théâtre de la Sinne de Mulhouse du 13 au 15 octobre 2014. À partir des échanges survenus pendant cette manifestation, a pris forme l’idée d’un événement axé exclusivement sur le théâtre de l’auteur des Faux-monnayeurs

Du 7 au 9 décembre 2017, à Paris, avec le soutien de la Fondation Catherine Gide, a eu lieu le colloque international André Gide et le théâtre, un parcours à re-tracer. C’était le premier colloque consacré aux rapports que Gide a entretenus avec le théâtre. Nous sommes heureux de permettre à un public plus large de partager nos réflexions avec la publication du volume collectif André Gide et le théâtre. Un parcours à retracer.

Les rapports de Gide avec le théâtre ne se bornent pas à l’écriture dramatique, mais se manifestent également dans ses réflexions et théorisations du monde de la scène, notamment via des conférences, des articles et des propos sur ce sujet dans sa correspondance et son Journal. Ce qui le relie au théâtre tout au long de sa vie est aussi le résultat de ses relations. Il gravite constamment autour de ce monde à travers ses amitiés et rapports professionnels avec des littéraires, des intellectuels, des gens de la scène, qui constituent un véritable réseau « théâtrophile ». Le théâtre y forme une valeur culturelle ; elle donne lieu à des réflexions sur l’art, à la fréquentation des lieux de spectacles, à la production et réception de critique théâtrale au sein de La NRF et d’autres médias et, au-delà, elle renvoie au vaste monde dont elle tente de capter et de concentrer l’essentiel. 

Les contributions présentes dans cet ouvrage, regroupées en six axes, constituent une étape importante dans la recherche sur les rapports entre Gide et le théâtre. Le spécialiste du théâtre de Gide, Jean Claude, a eu la gentillesse d’écrire une introduction à la publication. La première section, « Gide face à l’historiographie théâtrale », est ouverte par Peter Schnyder. Il laisse ensuite la parole à David Walker, à Laurette Burgholzer et à moi-même. La deuxième, « De la quête formelle aux écritures suspendues », englobe les articles de Pierre Masson, Stéphane Poliakov et Patrick Pollard. La troisième, « Les trois drames », ouvre sur la contribution de Frank Lestringant et continue avec Amina Ben Damir, Frédéric Canovas et Augustin Voegele. « Critique et théorie du théâtre », la quatrième, est inaugurée par l’article de Clara Debard, pour poursuivre avec les travaux de Hélène Baty-Delalande et Maja VukušićZorica. La cinquième, « Traces d’une réécriture », peut compter sur les articles de Martina Della Casa, Ophélie Colomb, Floriane Toussaint et Elena Chashchina. L’ensemble offre ensuite la présentation et la transcription des deux premières scènes de l’acte II d’Hamlet, traduites par Gide en 1922. La sixième et dernière partie de l’ouvrage, « Le théâtre de Gide en Europe », contient les contributions de Paola Fossa, et celles de Mechthilde Fuhrer et de Marco Longo. L’ouvrage s’achève sur un répertoire, intitulé « Gide in scaena », avec les principales transpositions scéniques de l’œuvre de Gide.

Les images qui accompagnent cette brève présentation tentent de donner un aperçu du travail de Gide pour le théâtre et de ce qu’il a engendré au niveau de la réflexion sur cet aspect de sa production littéraire. Et si l’on parle d’études sur le théâtre de Gide, on ne peut pas oublier de mentionner l’apport l’incontournable de Jean Claude, qui trouve son apogée dans la publication des deux tomes pour les Cahiers André Gide publiés en 1992. Trente ans plus tard, André Gide et le théâtre. Un parcours à retracer, propose de poursuivre le chemin qu’il a si bien tracé. Je remercie Ambre Philippe pour le suivi éditorial d’un ouvrage riche et varié que le public peut découvrir, grâce aux acteurs et aux actrices qui y jouent si bien leur rôle.