Sur : Échos d’André Gide : Lectures et relectures européennes, sous la direction de Martina Della Casa et Alexandra Klinger, Paris, Classiques Garnier, 2026
Sartre souhaita, à la fin du XIXe siècle, devenir « à la fois Spinoza et Stendhal1 » ; il mit en exergue à son œuvre les vers de Jules Laforgue : « Ah ! oui ; devenir légendaire au seuil des siècles de charlatans !2 » Gide, dans cette même fin de siècle, désira être « un classique » ; écrire dans une langue qui n’aurait « rien de restrictif ni de suppressif » : un classicisme moderne et dialectique auquel il « f[er]ait respirer […] les sels violents de la vie3 », pour entrer, mais aussi et surtout pour rester, dans le Panthéon littéraire.
Les contributions issues de ce colloque international – intitulé Échos d’André Gide, Lectures et relectures européennes – qui eut lieu en 2024, à l’Université de Haute-Alsace, sous la direction de Martina Della Casa et Alexandra Klinger, sont parues chez les Classiques Garnier en 2026. – Cette rencontre a été souhaitée par des chercheurs aux compétences disciplinaires et linguistiques variées, afin d’étudier la réception de l’œuvre du Prix Nobel, ainsi que la place de celle-ci au sein de l’Europe et l’image restée dans l’histoire littéraire des pays du Vieux Continent.
Dans son avant-propos, Martina Della Casa note que les toutes premières œuvres d’André Gide écrites en cette fin de siècle, sont très rapidement remarquées au sein des sociétés littéraires française et européenne, des Cahiers et Poésies d’André Walter, au Traité du Narcisse, au Voyage d’Urien, à La Tentative amoureuse, à Paludes, et aux Nourritures terrestres. – Grande œuvre aux accents « profondément humains et d’intérêt général, donc universels et durables ». La chercheuse souligne que l’ambition de Gide de devenir un « classique » et de « conquérir la postérité » pour être « être relu » et « DURER », va très vite se réaliser. – Mais « Qu’est-ce qu’un classique ? »
En proposant d’interroger dans son introduction la réception du classicisme de Gide en Europe, Martina Della Casa fait pénétrer le lecteur dans l’antre d’une œuvre maintes fois repensée, et reconsidérée, tout comme le faisait Gide pour sa propre œuvre, et tout ouvrage qui lui plaisait. – Ne relut-il pas jusqu’à douze fois certains sonnets de Shakespeare ? Cela, car « il en est beaucoup dont la suavité n’apparaît qu’à la relecture » :
Avec constance et une ouverture remarquablement internationale, Gide reste, tout au long de sa vie, attentif au travail des historiens de la littérature.
Adepte de la perfection, l’inégalable écrivain est un lecteur et relecteur d’envergure. Il lit et relit sans relâche, réinvente des possibles, et procède à des renversements lorsque les circonstances l’y obligent, tels que : Retouches à mon Retour de l'URSS. Tel est Gide.
Martina Della Casa, dans son adresse au lecteur, précise que le livre qu’il a entre les mains n’a aucune prétention à l’exhaustivité ; il s’agit simplement d’apprécier les différentes approches adoptées et les diverses réponses proposées. Et, c’est ainsi, qu’à la lumière d’une relecture approfondie du « plus moderne des classiques4 », nous entrons dans la première partie de ce colloque intitulée :
UN CLASSIQUE CONTROVERSÉ
ANDRÉ GIDE ET LA GLOIRE
Image et imaginaires, anthumes et posthumes
Clara Debard, Université de Lorraine
Être lu, tel était le désir premier de Gide ; « la diffusion de sa correspondance a toujours été un enjeu pour [lui] », et la destruction des plus belles lettres qu’il adressa à Madeleine, et qu’elle détruisit – si elle fut un immense déchirement – ne brisa pas son amour, mais suscita un humble renoncement à ces échanges épistolaires et amoureux, sans retour possible : « J’étais ainsi. Elle était ainsi. D’où de grandes souffrances pour nous deux ; et cela ne pouvait être autrement.5. » la plus grande partie de son œuvre en témoigne6.
Les échanges épistolaires entre André Gide et Roger Martin du Gard – qui eut toujours la primeur de ses manuscrits – se firent, après cette déchirure, plus constants, plus pressants, et « les questions du posthume et du testament littéraire s’y affirment plus que dans toute autre correspondance ». Gide fait un adieu partiel à l’écriture, ses « posthumes », ultima verba, n’étaient plus des œuvres ; mais « simplement des pages ». En dernier ressort, il participe quelques mois avant sa mort à l’adaptation des Caves du Vatican – sotie à laquelle il était très attaché. Et, lorsque, seul, dans sa chambre de travail, il attarde son regard sur son univers clos, il note son goût ancien pour les effigies mortuaires :
[Il n’y a] pas d’œuvres d’art, ou très peu, et de très graves [, …] plutôt quelques portraits ou quelques masques : de Dante, de Pascal, de Leopardi […]. Rien ne doit distraire ou charmer. Rien ne doit y sauver de l’ennui, que le travail.
Clara Debard rappelle le travail d’écriture de Maria Van Rysselberghe, qui observe l’écrivain, et œuvre activement dans l’ombre afin de poursuivre la rédaction anthume de sa biographie. – Outre ces précieux écrits, restent des esquisses, des tableaux, des entretiens radiophoniques, des photos et films sur Gide en France ou à l’étranger7, mis en lumière par la chercheuse qui montre le parcours d’un homme qui a eu pleinement conscience d’avoir accompli son ambitieux destin, et a « vraiment connu la gloire [de son vivant] » !
Retour de l’URSS, ou comment dure un livre d’actualité
Nikol Dziub et Augustin Voegele, Université de Bâle
Pourquoi relire « encore » Retour de l’URSS, publié en novembre 1936, questionnent Nikol Dziub et Augustin Voegele ? – Parce que ce « livre vivant [a] un respect scrupuleux de la vérité – […] ». Il a valeur d’archive pour son instantanéité, et résonne tel un écho qui se prolonge indéfiniment.
Et pourtant, au sein de cet ouvrage, « l’enjeu de ces problèmes demande une autre rigueur SCIENTIFIQUE », écrit en 1936, Roger Martin du Gard8 à André Gide, bien que ce dernier dénonce, comme le fera plus amplement, en 1937, Nicolaï de Basily, le « bolchévisme [qui] a perpétué, à bien des points de vue, les méfaits dont l’ancienne Russie commençait déjà à s’affranchir.9. » L’intellectuel russe, exilé, apprécia le « courage » de Gide, qui après avoir imaginé et idéalisé dans ses écrits le communisme, revint sur ses premiers écrits pour raconter ce qu’il en était de la véritable nature de ce régime sclérosant.
La dyade Retour de l’URSS et Retouches à mon retour de l’URSS, « livres nécessaires, plus que jamais d’actualité, inactuels par l’intransigeance morale qui fonde l’ethos de son auteur », alimente le vif reproche de Basily, qui déplorait que :
Les œuvres littéraires et artistiques elles-mêmes ont été impitoyablement et férocement mutilées par le pouvoir bolchevique dès les premiers jours de son avènement […]. Les intellectuels et tout ce qu'ils touchent sont marqués du sceau de l'esclavage et d'une trivialité difficile à définir, mais nettement perceptible au premier coup d'œil. Cette diminution de « ton », ce « nivellement » général des esprits, si déploré par André Gide, a contribué, au moins autant que le regroupement social dont nous avons parié, à faire disparaître l'abîme qui existait auparavant entre le peuple et les intellectuels russes
.10.
Jacques Schiffrin, Jef Last, Pierre Herbart, Roger Martin du Gard, Georges Baud, Félicien Challaye, Jean Paulhan, Marcel Martinet, André Fontainas, Klaus Mann, Henri Bergson, Félix Bertaux, Jacques Heurgon, Alphonse Gulminelli, Raoul Laszlo, Daniel Wallard, Thea Sternheim, et Thomas de Brouwer, furent parmi les premiers à adresser à André Gide dès 1936, des lettres qui peuvent être perçues comme une ode à la vérité, à la sincérité. Elles anticipèrent la contribution de Nikolaï de Basily, qui reçut en 1938, le Prix Thérouanne pour son livre : La Russie sous les Soviets ! Alors que l’année précédente, on demandait à Gide de différer la publication de Retour de l’URSS et Retouches à mon retour de l’URSS ! Il prend... :
[…] la peine de répondre à ceux de ses correspondants qui, tout en louant sa sincérité et son courage, s’inquiètent de la récupération par les fascistes de ce qui risque d’être lu, à tort, comme un pamphlet anti- communiste.
Mais il reste déterminé, gardant la certitude de devoir conserver son esprit critique ; aussi est-ce « sans concession, et sur un sens aigu de la réalité et de la vérité, [qui] n’est synonyme ni d’inamovibilité, ni d’obstination partisane, ni ressassement », qu’il fit paraître Retour de l’URSS, et Retouches à mon retour de l’URSS, en juin 1937 :
[Gide] ayant pour unique souci d’être fidèle à lui-même, c’est-à-dire aux valeurs de sincérité, de lucidité et d’honnêteté qui animent sa quête littéraire et (n’ayons pas peur des mots) spirituelle.
C’est sur constat ouvert et reconnaissant envers André Gide, que Nikol Dziub et Augustin Voegele, notent, in fine, que « d’autres intellectuels dénoncèrent tôt la politique stalinienne, et on ne les lit plus guère pour autant ». La réussite de Gide « n’est autre, au fond, que celle de l’humanité ».
Qu’il ne faut pas être trop intelligent. Débats poétiques et conflits idéologiques avec André Gide dans le Journal de Julien Green
Jean-Christophe Corrado, Université de la Sorbonne
Green est-il un épigone de Gide ? Peu si l’on lit son Journal intégral !
Green critique successivement Paludes, L’Immoraliste et La Symphonie pastorale. Il considère que « Gide n’est pas un grand romancier. […]. […] il se pose […] des questions qui ne sont pas du tout des questions de romancier ». Pour lui, qui conçoit son écriture sur le mode traditionnel de l’inspiration, le genre du roman « réclame l’hallucination plutôt que le raisonnement ». Il déduit que Gide est « trop intelligent. […]. Tout chez lui passe par le cerveau, presque jamais par le cœur. […]. – Gide intéresse ; il ne touche pas ». Toutefois, Green l’admire et reconnaît en lui le styliste ; en le lisant, ilsent très vivement les limites de sa propre intelligence, mais constate un point littéraire commun : ils sont des « Classiques ». Mais si Gide développe un classicisme ouvert, innovant, Green reste enfermé dans un classicisme figé, sans surprise. Il lui reproche « une belle littérature au service de ce que l’homme a de plus bas ». Leur croyance religieuse les divise encore, et leur conception de la vérité dans l’écriture diffère : l’un ose, l’autre dissimule11. Ils s’irritent réciproquement. Aussi, Gide invite-t-il Green... :
[…] à faire « une embardée du côté du démon », lui garantissant « un avenir littéraire magnifique » que le catholicisme peut mettre en danger.
Cependant, dans son Journal, Green reconnaît certaines des assertions de Gide comme vraies.
Jean-Christophe Corrado met en évidence, par-delà leurs divergences, leurs affinités, deux écrivains diaristes, qui s’estiment, concluant que pour Green, Gide est un « adversaire honorable, valant mieux que beaucoup d’alliés ».
Les Faux-monnayeurs et le dialogue avec les classiques
Tong Yu, Université Nanfang de Guangzhou
Tong Yu propose une analyse focalisée sur la reprise des classiques dans Les Faux-monnayeurs, puisque pour Gide, « le véritable classicisme ne comporte rien de restrictif ni de suppressif ; il n’est point tant conservateur que créateur ». En point de mire, au sein de cette étude, trois personnages : Armand, Bernard (personnage principal), et Édouard (romancier dans le récit) :
Armand et Bernard soulèvent des questions philosophiques et morales autour de l’art. Armand cite Pascal, tandis que Bernard fait référence à La Fontaine, […]. Édouard, […] concrétise davantage la manière dont le classicisme garde sa valeur permanente en citant d’autres illustres représentants du classicisme tels que Pierre Corneille, Jean Racine et Molière.
Ce roman, innervé par « la complexité et les contradictions ancrées dans la nature humaine », est un roman moderne, réaliste et auto réflexif ; il répond aux désirs premiers de Gide : être transgressif, classique, affleurer le futur, sinon la modernité, enfin, « DURER ». Le chercheur stipule que ce roman ne vise pas à refléter son époque ni à s’y inscrire, mais à se projeter dans l’avenir et dans la durée. Par le biais de ses personnages, Gide, en perpétuelle réflexion, se sert des classiques, à l’image de Pascal, pour imposer sinon la vérité, le probable, l’inattendu, l’inenvisageable ! – « C’est une arête étroite, sur laquelle mon esprit se promène », livre-t-il dans son Journal. Il souhaite écrire « un roman qui serait à la fois aussi vrai, et aussi éloigné de la réalité, aussi particulier et aussi général à la fois, aussi humain et aussi fictif qu’Athalie, que Tartuffe ou que Cinna ». L’imaginaire de La Fontaine, animé d’un « esprit de logique, d’amour et de pénétration patiente », lui permet de trouver « la vraie puissance de la littérature française, [qui] réside pour lui dans sa capacité à amener le lecteur à approfondir sa connaissance du monde ». Quant à Edouard, il est son personnage, celui qui impose l’idée de classicisme, et il l’utilise comme « modèle d’écriture ». Gide élit le dialogue pour transmettre la richesse de ses idées, s’adressant à ses multiples personnages, sinon à « des lecteurs intelligents ».
Tong Yu avalise et illustre le propos de Gide, qui a repensé – pour magnifier son œuvre – les classiques, il a ouvert un champ ancien de la littérature française, qui est devenu sous sa plume, « le classicisme moderne de Gide ».
André Gide au programme du baccalauréat littéraire. Une (a)moralité cachée ?
Alexandra Klinger, Université de Haute-Alsace
Alexandra Klinger évoque la richesse et la complexité des Faux-monnayeurs (1925) et du Journal des Faux-monnayeurs (1926), œuvre hybride proposée en 1991 et 2013 au programme de l’agrégation de Lettres, avant de devenir l’un des objets d’étude au sein des terminales littéraires en 2017 et 2018.
La production protéiforme, passionnante, enfin reconnue, « les exégèses bachelières considèrent, à juste titre, qu’elle permet au lecteur d’être, selon la volonté de Gide, tout sauf ‘’paresseux ‘’ ». L’auteur-narrateur étant parvenu à « tout […] faire entrer », dans ce roman « métadiscursif [riche en] intertextualités ». Cependant, la réception scolaire des Faux-monnayeurs n’est pas aboutie ; tous les aspects de l’œuvre ne sont pas évoqués, et on ne parle qu’à mots couverts d’uranisme et de pédérastie. Le futur bachelier est livré seul aux aspects complexes de sa lecture de l’œuvre12, alors que Gide souhaitait que « les élèves [accèdent] à une compréhension plus complète du fait littéraire […] » :
Les ouvrages se focalisent donc davantage sur le style de Gide plutôt que sur la moralité de son œuvre tout en étant contraints, comme lorsqu’ils parlent de la réception du roman, d’effleurer l’aspect immoral de l’œuvre sans pleinement nuancer cet adjectif.
La chercheuse, après avoir abordé les multiples aspects de cette création littéraire sans précédent, qui « pose […] des questions plus que jamais inscrites au cœur des débats sociaux et politiques aujourd’hui, l’identité nationale, la place des étrangers et des minorités, confessionnelles ou sexuelles, dans une société », propose d’autres pistes d’études aux bacheliers que le style et la mise en abyme. N’y a-t-il pas de « multiples autres Gide » ?
Alexandra Klinger souhaite, à l’instar des chercheurs cités au sein de cette riche contribution, une analyse plus approfondie « des sujets certes délicats, [qui] restent centraux et permettent d’expliquer les rapports se tissant entre les personnages ».
REGARDS DE LA CRITIQUE EUROPÉENNE
1951, ET APRÈS ?
Perspectives critiques
Paola Codazzi, Université de Haute-Alsace, ILLE (UR 4363) / Fondation Catherine Gide
Gide veut « durer », aussi se préoccupe-t-il de l’avenir de son œuvre, car il sent qu’avec son départ, une autre période de sa « vie » littéraire émergera, et qu’elle doit être solide et accessible pour supporter le poids des débats à venir. Telle est l’ouverture de l’étude de Paola Codazzi, qui propose de répondre à une question qui révèle l’inquiétude – infondée – de l’écrivain : « Se trouvera-t-il encore, demain, quelques oreilles pour [ l’]entendre ? »
Après la mort, la biographie devient destin et l’œuvre se fige en monument, exposé aux intempéries et au passage du temps : vu le climat qui suivit sa disparition en France, Gide n’avait peut-être pas tous les torts d’être inquiet.
La chercheuse note que « si les contributeurs offrent une représentation de sa personne globalement positive, […], les zones d’ombre ne manquent pas, surtout concernant son rapport à la foi. Et, dans les pages du numéro d’hommage, Gide n’a pas fini de faire débat : on continue de se disputer son âme » :
La nouvelle fait la une des grands quotidiens comme des revues spécialisées un peu partout en Europe. Mais c’est surtout en France que les voix se lèvent, de tout côté, pour dire du mal du défunt. […] « C’est un cadavre, en fin de compte, qui vient de mourir », peut-on lire le 20 février 1951 dans L’Humanité.
Alors, comment réparer l’image de Gide ? – En lisant les textes qui ont été écrits sur lui, car ceux-ci sont... :
[…] riches en anecdotes, souvenirs et curiosités, racontés à travers l’usage du discours rapporté et direct. Ce choix permet non seulement de faire « revivre Gide » aux yeux de ceux qui l’ont connu, mais aussi d’inviter tout lecteur à pénétrer jusque dans les pensées de l’écrivain, créant ainsi une complicité qui garantit l’authenticité de l’ensemble.
Écouter les échanges entre André Gide (Prix Nobel 1947), et François Mauriac (Prix Nobel 1952), est édifiant, tout comme le film documentaire réalisé en 1952 par Marc Allégret. Composé d’interviews, d’extraits d’archives, enrichi par des commentaires sur et avec Gide, ce film garde en son sein la quintessence de ce qui fit une grande partie de la vie de l’écrivain, de ses relations, à ses engagements, jusqu’à sa mort. Il y eut également après 1951, souligne la chercheuse, la diffusion de sa correspondance avec d’autres romanciers, ainsi que la première thèse de doctorat sur André Gide, romancier, soutenue en 1953 par Pierre Lafille à l’Université de la Sorbonne, – celle-ci annoncée dans les journaux, tel un événement mondain. Enfin, il y eut cette année-là, l’étude critique de l’œuvre d’André Gide de Germaine Brée : André Gide, l’insaisissable Protée. Voilà une partie de la somme proposée à lire et à écouter, par Paola Codazzi, qui souligne qu’après la mort d’André Gide, les travaux qui paraissent concernent surtout « le drame intime, de nature essentiellement sexuelle, qui consume l’écrivain ». Ainsi, le docteur Henri Planche fait-il paraître, en 1952, Le Problème de Gide, et Max Marchand, soutient-il en 1954 une thèse intitulée Le Complexe pédagogique et didactique d’André Gide. – Travaux quelque peu remis en cause en 1956, par le docteur Jean Delay qui a beaucoup lu Gide, et propose dans La Jeunesse d’André Gide, une approche plus ouverte et circonspecte de l’écrivain, dont la lucidité se révèle propice à l’écriture, sinon à sa propre analyse :
Delay se refuse à juger : l’on ne sent sous sa plume ni hostilité ni complaisance. Il se limite à observer, et en croisant plusieurs approches – grand humaniste, il maîtrise aussi bien les méthodes de l’analyse littéraire que celles de la psychologie et de la psychiatrie – à détecter avec une précision minutieuse les signes et l’évolution d’une névrose qui s’enracine dans l’enfance.
Enfin, en 1958, la Bibliothèque de la Pléiade s’enrichit, d’un nouveau volume préparé par Yvonne Davet et Jean-Jacques Thierry, intitulé : Romans, Récits et soties. Œuvres lyriques.
Paola Codazzi a présenté les nombreux ouvrages destinés à un public cultivé, tous tremplins à l’élaboration d’études critiques après 1951, pour rappeler qui était l’homme Gide, exalter sa pensée, et resignifier la qualité et l’importance de l’œuvre de « l’homme-livre », qui poussa jusqu’au 19 février 1951 ses limites. – André Gide dessinant et imposant son image pour une postérité tant désirée au sein du Panthéon littéraire, qui suscite et suscitera encore moult colloques et publications.
Louis Dumont-Wilden, André Gide et le « Petit nombre »
Anna Paola Soncini, Université de Bologne
Anna Paola Soncini réveille dans cet article le souvenir de l’écrivain belge, journaliste, historien, essayiste, Louis Dumont-Wilden (1875-1963), penseur qui eut « le plus de lecteurs en Europe et en Amérique » dans les années 1950. Puis, il fut oublié, son nom moins cité, sinon dans l’histoire littéraire pour « sa réflexion sur l’évolution européenne et cosmopolite des années 1900 ». Et cependant, cet éminent critique d’art a collaboré à de nombreuses revues, et fondé avec grand succès son propre hebdomadaire : le « fantaisiste », publié de 1910 à 1989.
C’est grâce à l’article sur « L’idée européenne de Louis Dumont-Wilden de 1890 à 1918 », présenté par Gaëlle Courtois (Université de Louvain), que ce critique de renom qui s’est également intéressé aux écrits de nombreux écrivains – dont ceux de Maurice Maeterlinck et d’André Gide – qu’Anna Paola Soncini va s’attacher à relater une vie intellectuelle intense et peu connue aujourd’hui13 ; ainsi qu’une rencontre d’importance qui eut lieu en 1907 entre lui-même et André Gide, après qu’André Ruyters eut envoyé à Gide une missive sous forme de reproche :
Il a écrit sur Amyntas un article excellent. Dans un numéro récent d’Antée, il parlait encore de ton Immoraliste. Jamais tu ne lui as donné signe de vie. Je ne te recommande jamais personne ; tu aurais pu me croire sur parole ; celui-ci te manifeste sa sympathie et son admiration, raison de plus. Tâche de réparer cela, non parce que je t’en parle, mais parce que Dumont en vaut la peine.
Ainsi est né – grâce à l’insistance de Ruyters – un respect pérenne, empli de réciprocité entre Gide et Dumont-Wilden. Le lecteur gidien connaît les nombreux échanges et liens d’amitié que Gide entretint avec la Belgique, l’écrivain ayant parfois « regretté de n’être pas né Belge ; de votre pays m’est arrivé souvent de la grâce et j’espère en votre jeunesse contre toute notre vétusté ». Cependant, si ce dernier est « en plein accord avec l’âme belge » du flamand Dumont-Wilden, quelques détracteurs wallons prétendent à un art différent en Belgique. Mais après le succès de la pièce Pelléas et Mélisande de Maeterlinck, dans les années 1890 – sur la complexité de l’âme –, le succès de Gide est conforté. En effet, Maeterlinck s’inscrivait dans la même mouvance symboliste que lui, qui aimait particulièrement cette œuvre sublime, qu’il commenta, et vit à plusieurs reprises.
Anna Paola Soncini souligne qu’en 1909, Dumont-Wilden partage avec Gide une idée de « l’âme mystérieuse », et « un mouvement d’âme avec le “petit peuple”14 », s’étonnant de « l’importance croissante de l’opinion du petit nombredans le même temps que tant de gens s’appliquent à écrire pour la foule. […] ». La renommée de Gide... :
[…] a pris son essor dans un petit monde d’initiés. C’est l’œuvre d’un cénacle. Il accède seul, isolément, à la gloire – et parce qu’il est André Gide. Son œuvre, d’abord adressée au petit nombre, donne la formule la plus claire, la plus nette et la plus noble de ces tourments de l’âme actuelle.
Les écrits de Dumont-Wilden sur L’Enfant prodigue en 1913, sont également élogieux. Gide l’intéresse, car il est,jusqu’en 1914, l’écrivain qui « expose quelques aspects essentiels des problèmes moraux les plus angoissants et les plus actuels ». – Il n’est plus l’écrivain pour un “petit nombre” ; il est devenu, “un écrivain européen” ».
Il est de ces hommes qui savent conquérir les âmes et, les ayant conquises, les transforment, les recréent, pour ainsi dire, à leur image. M. André Gide st le chef d’une école où le nombre des disciples est limité, mais où l’on n’admet que des disciples de choix, à qui on n’a pas à imposer des vœux de docilité.
Pour cette riche mise au jour de la pensée et de la destinée littéraire de Louis Dumont-Wilden, la chercheuse convoque nombre d’écrits d’historiens, et retient, pour fil conducteur, la rencontre intellectuelle et la « perméabilité réciproque avec André Gide sur « l’idée du “petit nombre” ».
Anna Paola Sonsini note cependant, qu’au fil du temps, une divergence d’opinion naît, car Dumont-Wilden ne croit plus au « petit nombre », quand Gide continue à penser que le « petit nombre » existe encore, parce qu’il est éminemment nécessaire pour résister contre « toute forme de dictature, des droits de l’homme et de l’individu contre l’oppression menaçante […], la lutte de la culture contre la barbarie ». – Pensée que le lecteur gidien retrouve à plusieurs reprises dans son œuvre.
Revisiter l’œuvre de Gide en Grèce
Kalliopi Ploumistaki, Université Aristote de Thessalonique
Kalliopi Ploumistaki s’intéresse au sort des traductions et retraductions des œuvres gidiennes en grec, ainsi qu’à leur accueil par les critiques littéraires, et à l’impact qu’elles eurent sur les écrivains grecs de la première moitié du XXesiècle.
La chercheuse sensibilise le lecteur aux écarts temporels de la réception des œuvres gidiennes, et explicite pourquoi les titres emblématiques sont tardivement traduits par rapport à leur publication originale. La première de ces œuvres est La Symphonie pastorale, parue en France en 1919, et traduite en Grèce, en 1925 ; puis plusieurs fois retraduites, à l’image d’une petite vingtaine d’œuvres de Gide, exceptés : Les Cahiers d’André Walter, Le Roi Candaule, et Dostoïevsky :
Le lectorat grec découvre initialement les textes critiques de Gide à travers des articles publiés dans la presse de l’époque, avant de se tourner plus tard vers ses œuvres littéraires. […] Le XXIe siècle ne dispose pas de traductions de nouveaux titres de Gide (à part Le Ramier en 2009).
Dès la parution de la traduction de la conférence que Gide prononça en Belgique, dans le cercle artistique, La Libre Esthétique, de Bruxelles en 1900, « De l’influence en littérature », publiée dans la revue littéraire Dionysos (Διόνυσος)15, l’écrivain est reconnu comme « un penseur engagé, un écrivain pionnier » ; ses travaux sur Wilde, ainsi que ses romans psychologiques sont très appréciés. – Kalliopi Ploumistaki constate que dans les années 1930, de nombreuses traductions d’articles critiques sur la littérature, les idéologies politiques et la civilisation, ainsi que les plus célèbres écrivains européens sont publiés très régulièrement dans les périodiques grecs. Les romanciers des années 1930 s’inspirent des techniques gidiennes, à l’image du monologue et de l’introspection, de la réécriture de mythes et del’emploi de symboles. – Le parcours de Gide dans les maisons d’édition grecques peut être observé à travers la vingtaine de ses livres traduits dans leur version intégrale, et ce, de 1925 à nos jours. La Porte étroite est l’œuvre la plus traduite à ce jour ; la chercheuse mentionne huit traductions et cinq rééditions de cette œuvre, et note également la publication deMon cher Proust, (Correspondance d’André Gide et de Marcel Proust). Elle perçoit un accord patent avec l’esprit de la fin du XIXe siècle, car... :
[…] ces dernières années du siècle sont des années au cours desquelles, dans toute l’Europe, le corps humain devient l’objet d’un culte nouveau, et pas seulement avec l’exaltation sensualiste et esthétisante qu’en a montrée un D’Annunzio, ni avec la célébration qu’en a faite un Gide dans Les Nourritures terrestres.
Kalliopi Ploumistaki a largement revisité l’œuvre de Gide en Grèce, et fait le récit de ses rencontres littéraires avec les intellectuels grecs. Elle offre une étude accomplie, et des schémas en annexe, qui révèlent à quel point les œuvres françaises, et tout particulièrement celles d’André Gide intéressèrent, et intéressent encore le public et les critiques grecs ; les études de ces derniers restent d’un grand intérêt pour les lecteurs curieux. – L’importance que revêt la langue française et la langue grecque, introspectives et critiques, reste centrale pour ces deux pays aimant mêler au sein de la belle littérature16 les mythes antiques et une modernité à la fois désirée et crainte.
TRADUCTEURS ET TRADUCTIONS
André Gide et ses traducteurs germanophones
Peter Schnyder, Université de Haute-Alsace, ILLE (UR 4363) / Fondation Catherine Gide
Peter Schnyder « propose de revenir sur quelques-uns des traducteurs germanophones de Gide, domaine peu étudié, puisqu’en dehors de Claude Foucart, peu de romanistes s’y sont intéressés ».
Gide, très tôt attiré par les langues étrangères, bien qu’il soit suffisamment « compétent pour traduire un texte allemand17 », laisse carte blanche à ses traducteurs germanophones, tout en prenant soin de les relire attentivement ! Ainsi, Le Prométhée mal enchaîné, traduit en 1907, par Franz Blei, le met en joie, car il y trouve « toutes les qualités de [s]a langue ». Toutefois, les traductions ne sont pas toujours aussi heureuses, ainsi déplore-t-il parfois « des passages bâclés, rugueux, inaboutis ».
Peter Schnyder, séduit par la fascination qu’éprouve Gide pour la traduction, propose de revenir sur les plus intenses moments de sa vie de lecteur, et de relecteur de ses propres traducteurs. Il relate qu’en 1907, Le Retour de l’enfant prodigue, « a suscité plusieurs traductions, et pour lors pas mal de commentaires avant tout en Allemagne ». Il est traduit par Kurt Singer, en 1907, par Rainer Maria Rilke18 en 1914, et par Ferdinand Hardekopf, en 1951. Quand Gide relit Philoctète, traduit par Rudolf Kassner en 1907, il est ému, surpris de découvrir que la traduction de ses œuvres lui permet de « mieux se connaître ». Quant à Kassner, il ne tarit pas d’éloges sur l’écrivain ; il éprouve pour son œuvre une belle sympathie, probablement parce que la littérature française contemporaine, a participé à la libération « de l’étroitesse culturelle de l’Allemagne wilhelminienne du début du XXe siècle » :
Oh ! C’est merveilleux, tout ce que Gide tait et tout ceci vaut une psychologie tout à fait nouvelle ! La manière de Gide d’être à l’intérieur de ses livres et à l’extérieur est merveilleuse, merveilleuse combien tout ce qui est artificiel devient chez lui naturel et inversement.
Peter Schnyder rapporte que Rudolf Kassner, à qui nous devons de nombreux essais philosophiques et littéraires, saisit d’emblée la personnalité complexe de Gide, son ouverture vers l’Allemagne, sans négliger l’importance de son protestantisme : « Il y a beaucoup d’éléments allemands chez Gide. »
Le chercheur regrette qu’une partie des échanges épistolaires entre Gide, Kassner et Hardekopf, aient été perdus ; seule une Correspondance19, particulièrement importante avec Franz Blei, proche des milieux littéraires allemands, permet « de mieux saisir [que l’écrivain] était à la recherche d’un échange dépassant les nations et leurs langues ». Néanmoins, Gide propose parfois sa propre version d’un texte à traduire, en dépit du respect éprouvé pour son traducteur, « soucieux de donner à l’Allemagne une version pleinement satisfaisante d’un ouvrage auquel [il tient] très particulièrement, [il remanie la traduction] ».
Peter Schnyder, tout en notant la disparition de nombreuses et précieuses lettres échangées avec certains traducteurs, expose la vie d’un écrivain acharné dans son souci de se parfaire, donnant le meilleur de son style et de ses pensées, ne laissant jamais en repos ses écrits et ceux d’autrui.
Les premiers traducteurs d’André Gide en Italie. La diffusion à la fin de la Deuxième Guerre mondiale
Paola Fossa, Université de Haute-Alsace, ILLE (UR 4363)
C’est sur les premiers traducteurs d’André Gide en Italie, que Paola Fossa se penche, rappelant que c’est « la fin du fascisme et la libération de l’Italie [qui] donnent une nouvelle impulsion à la traduction d’œuvres étrangères dans le pays ». Cela, sachant que l’œuvre gidienne suscitait déjà grand intérêt chez les lecteurs et traducteurs italiens avant la Première Guerre mondiale :
Les premiers textes de Gide en italien datent des années 1910 : c’est la période que l’on peut nommer des « proto-traductions », fruit de l’intérêt personnel d’un petit nombre d’écrivains et de critiques, réunis autour d’une constellation de petites revues culturelles, notamment à Florence et à Rome.
Cette œuvre – confidentielle dans un premier temps – devient, à partir de 1944, « plus vivante que jamais en Italie », signale à André Gide, Jacques Heurgon, qui enthousiasmé, observe les parutions, traductions et rééditions en langue française de : Geneviève ou la confidence inachevée, L’Immoraliste, Si le grain ne meurt, La Porte étroite, La Symphonie pastorale. Giuseppe Vannicola, en 1907, est le premier traducteur de Gide. La chercheuse souligne que Vannicola « adhère strictement, littéralement au texte gidien dans un souci de respect des sonorités de l’auteur ». Et Gide apprécie d’être bien traduit ! Car « sans la forme l’âme est absente. Cette “forme” est souvent chez vous comme chez moi “musicale” et cela me donne bon espoir », écrit-il à Vannicola. Cependant, c’est Arturo Onofri qui traduira en 1912, Le Voyage d’Urien. Gide corrigeant, Bontempelli refaisant, et, en dernier ressort, Giovanni Papini, livrant la première traduction intégrale du Prométhée mal enchaîné en 1913 – sans la signer pour autant – commente Paola Fossa. Puis, suivront d’autres traductions par d’autres traducteurs dans les années 1930. La chercheuse remarque qu’entre 1946 et 1947, en plus des nouvelles éditions des traductions déjà existantes, et des traductions d’essais, sont traduits successivement : Dostoïevski, Paludes, Retour de l’URSS, Retouches à mon retour d’URSS, L’Enfant prodigue, et pour la première fois : Si le grain ne meurt, et Les Faux-monnayeurs.
Paola Fossa n’oublie pas le contexte dans lequel se font ces traductions, et que tous les projets ne peuvent voir le jour. Mais elle souligne qu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la traduction des œuvres gidiennes, est présentée à un public italien de plus en plus large, bien que des considérations « d’ordre moral et politique », aient été dénoncées au sein de l’œuvre gidienne par l’URSS et le Vatican.
La réception du Thésée d’André Gide dans ses traductions italiennes
Carmen Saggiomo, Université de la Campanie Luigi Vanvitelli
Spécialiste de langue et traduction françaises, Carmen Saggiomo s’intéresse ici au sort de la première publication traduite de Thésée, en Italie, en 1993, alors que cette ultime œuvre d’André Gide fut publiée en France en 1946.
La chercheuse note qu’à partir de 1988, s’accroît « une attention plus analytique autour des traductions des œuvres gidiennes », dans Voyage au Congo et Le Retour du Tchad en 1988 ; Et nunc manet in te en 1989 et en 1990 (pour trois maisons d’édition différentes) ; Le Traité du Narcisse, La Tentative amoureuse, et El Hadj en 1989 : Le Retour de l’enfant prodigue, Philoctète, Bethsabé, et Les Caves du Vatican en 1991 ; De l’influence en littérature en 1993 ; L’Immoraliste, Les Nourritures terrestres et Le Prométhée mal enchaîné en 1994 ; Corydon et Œdipe en 1995.
Carmen Saggiomo choisit la première traduction de Thésée, établie par Cristiano Grottanelli, pour parler d’une œuvre tardive, qui permet de « comparer certains aspects de la vie de Gide à celle de Thésée », Grottanelli reconnaissant en Gide ce « Thésée, vieux et sage, enfin calme face à son destin », mais également... :
[…] la relation entre Thésée et Arianne, dans laquelle on perçoit des aspects profonds de la relation entre Gide et son épouse Madeleine […]. [Ainsi que] les similitudes entre la virgilienne Didon abandonnée et la mythique Ariane elle aussi abandonnée, dévoilant avec acuité un passage du Journal de Gide […].
La chercheuse élit, dans un deuxième temps, l’introduction de la deuxième traduction de Thésée, confiée à l’essayiste Vito Carofiglio, qui expose en prélude que Le Traité du Narcisse a été, en 1891, la première œuvre créative signée par André Gide, et que Thésée, en 1946, a été la dernière. Le critique souligne que celle-ci... :
[…] recueille les qualités stylistiques et idéales, en montrant comment Gide, à travers ces œuvres, passe d’une subjectivité inquiète qui s’auto-étudie à une subjectivité pleine qui s’exprime en termes idéaux et civils.
La chercheuse ajoute que selon Carofiglio, « la modernité de Gide, exprime ainsi un mélange mesuré entre une profonde inquiétude, une sérénité contemplative et une ironie sous-jacente qui accompagne entre-temps tous les évènements, [d’un héros] séducteur et misogyne ».
La troisième traduction de Thésée, préfacée par Saverio Orlando, et traduite par Ivana Sguanci et François Giraudeau, révèle – explicite Carmen Saggiomo – des sous-entendus et des combinaisons insolites, une variation continue des registres linguistiques, et « comment le texte gidien exprime, également en termes psychanalytiques, la condition de maturité d’un écrivain qui, ayant traversé toutes les tempêtes de son existence, sent qu’il a atteint ses objectifs et qu’il peut enfin régner, à la veille de sa mort, de manière sereine ». Pour ces deux traducteurs, Thésée apparaît comme « le fervent défenseur de la liberté de vivre pleinement au cœur du monde, notre monde commun, qui doit être exploré et conquis autant par l’esprit que par les sens ».
Carmen Saggiomo a proposé une analyse à la fois, fine, sensible, passionnante, que peut- être, seul l’univers de la traduction peut offrir, tant il offre d’intelligences, et de richesses « sémantique, symbolique et stylistique ». – Univers révélateur d’un monde complexe, surtout lorsqu’il va à la rencontre des mythes, réinterprétés, modernisés, indissociablesd’une perception affinée et artistique des ressentis et des imaginaires.
Les Caves du Vatican et son auteur présentés par les éditeurs polonais
Elżbieta Skibińska, Université de Wrocław
Dans cette étude des couvertures et des traductions polonaises, Elżbieta Skibińska considère la couverture du livre, sous l’aspect d’un péritexte éditorial, et d’une traduction intersémiotique.
La couverture d’un livre – aussi simple soit-elle – est une annonce, celle du nom de l’auteur, d’un titre, d’un éditeur. Pour Antoine Compagnon, il s’agit d’une « zone intermédiaire entre le hors-texte et le texte » ; pour Gérard Genette, le texte de la couverture est un prolongement, une « bagatelle de la porte », un « seuil », une « Zone indécise entre le dedans et le dehors », avant de parvenir à la préface, qui est pour Jorge Luis Borgès, « un vestibule » :
Les lecteurs polonais ont attendu 23 ans avant de pouvoir lire Les Caves du Vatican dans leur langue. Traduite par Tadeusz Żeleński, ce roman a été publié par Rój (maison fondée en 1925), qui, jusqu’en 1939, était l’une des trois maisons d’édition les plus actives en Pologne.
Elżbieta Skibińska explicite que l’illustration des couvertures de la collection de la célèbre Bibliothèque de Boy, « ne contiennent généralement que le titre et les noms de l’auteur, du traducteur et de la maison d’édition, [car] à l’époque, la couverture n’était pas beaucoup utilisée pour véhiculer des paratextes éditoriaux […] ». Seule importe la couverture du livre, conçue pour influencer la réception du texte par le lectorat d’accueil.
Lorsqu’on regarde la couverture d’un livre, on observe l’image, puis le texte de la première de couverture, dans un contexte intersémiotique, note le traducteur Marco Sonzogni. Pour désigner la teneur d’un livre, Peter Mendelsund, concepteur de couvertures, pense que « Choisir un petit détail [du texte, peut] permettre à ce petit détail de servir d’emblème à l’ensemble ». Effectivement, ne participons-nous pas « pleinement à la création d'un récit, compos[ant] avec les ellipses, les impasses et les enjambements du langage écrit linéaire20 » ?
L’attention d’Elżbieta Skibińska se porte principalement sur les couvertures des éditions successives de la traduction polonaise des Caves du Vatican [Lochy Watykanu] ; car, si vingt-sept titres de l’œuvre gidienne ont été traduits et publiés en polonais, ce sont Les Caves du Vatican, – publiée onze fois – qui fonde avec Les Faux-monnayeurs, œuvre éditée huit fois, « l’image polonaise de Gide ». Les premières éditions des Caves du Vatican ne comportent pas de péritextes éditoriaux, elles paraissent « dans la lignée de la sobriété des couvertures d’avant-guerre ». Toutefois, souligne la chercheuse, à la fin des années 1950, la plupart des nouveautés françaises sont éditées par des maisons prestigieuses, à l’image de la maison Czytelnik (Le lecteur), et le Państwowy Instytut Wydawniczy (Institution d’édition d’état). Toutes deux financées par l’État polonais, elles ont contribué à la consécration des œuvres françaises magistrales, et de leurs auteurs.
La « Biblioteka Klasyki Polskiej i Obcej » (Bibliothèque des classiques polonais et étrangers) de la maison Wydawnictwo Literackie, (maison d’édition littéraire), fondée en 1953 à Cracovie, est la première à utiliser, en 1985, la quatrième de couverture pour y présenter un péritexte verbal, lors de sa deuxième édition des Caves. Le matériau paratextuel de la première de couverture, dont le lecteur peut extraire « le petit détail qui doit servir d’emblème à l’ensemble », peut toutefois être source d’erreur d’interprétation, stipule la chercheuse. En revanche, les quatrièmes de couverture qui paraissent à la toute fin du XXe siècle, proposent des péritextes éditoriaux éloquents, qui cherchent à séduire le lecteur. La multiplicité et l’originalité de ces péritextes, – plus intéressants à découvrir les uns que les autres – évoluent au fil du temps ; aussi, cette étude contribue-t-elle grandement à en effectuer une relecture attentive, dans une période riche en bouleversements et retards éditoriaux, qui provient le plus souvent des guerres et changements de régime, par-delà un désir de modernité.
Elżbieta Skibińska conclut cette étude foisonnante, en précisant que tous les éditeurs s’accordent sur Les Caves du Vatican. Pour eux, il s’agit d’« une œuvre exceptionnelle, novatrice, incitant à une réflexion sur l’ordre moral existant et la liberté individuelle, écrite par un auteur renommé et remarquable, qui ébranle les normes ».
Les Caves du Vatican et la traduction de Tadeusz Boy Żeleński
Krystian Klekot, Sorbonne Université / CNRS
La sotie, Les Caves du Vatican, paraît en France en 1914 ; elle est traduite en polonais, en 193721, par le truchement d’un traducteur notoire, Tadeusz Boy Żeleński22, qui reçoit, en 1928, le prestigieux prix de la Société polonaise des Éditeurs pour son travail de critique. Krystian Klekot concourt, par le biais de cette étude, à retracer l’histoire de la traduction de cette œuvre dans l’entre-deux-guerres polonais, ainsi que son impact sur la société polonaise.
Gide et Żeleński évoluent à la même époque, et dans un contexte culturel semblable de questionnements sur les mœurs et la moralité. « Le choix de délivrer aux lecteurs polonais, surtout à l’élite lettrée, cette sotie critiquant les institutions religieuses (catholiques) et la croyance aveugle pourrait s’expliquer par la volonté d’éveiller la conscience critique de son lectorat », précise le chercheur. Aussi, bien que Gide soit un écrivain confirmé, l’immoralité dévoilée dans certaines de ses œuvres – dans un premier temps, publiées confidentiellement – contribue à en faire une personnalité controversée par « la droite conservatrice [qui lui reproche] ses critiques vis-à-vis de l’Église, et notamment de la non-séparation de l’Église et de l’État, […] » :
Le thème le plus provocateur de cette sotie est sans aucun doute le catholicisme. En effet, très importante pour les Polonais de cette époque, la religion régit la moralité et les mentalités, et ce notamment au sujet de la grossesse et de la maternité.
Quant à Żeleński, il souhaite faire connaître aux lecteurs polonais des ouvrages modernes, éloignés de la tradition romantique à l’œuvre en Pologne. Et, c’est bien ce que recherche et découvre le public qui lit Les Caves du Vatican, qui paraît dans une prestigieuse collection intitulée Œuvres du XXe siècle. Sotie, dont Gide dit que c’est « un livre ahurissant, plein de trous, de manques, mais aussi d’amusement, de bizarrerie et de réussites partielles ». » Et, pourtant, le succès est au rendez-vous !
Dès la préface de cette première traduction, Boy souligne l’importance de la lecture de l’œuvre de Gide dans son contexte, aussi bien social qu’autobiographique, car ces deux éléments seraient étroitement liés.
Klekot statue sur le choix onomastique effectué par Żeleński sur les noms de lieux, et les prénoms des personnages – parfois traduits en polonais, parfois plus fructueux figés dans la langue d’origine. Le chercheur s’interroge sur la cohérence de certains choix, et imagine les raisons de ces élections, les jeux de mots étant toujours une difficulté supplémentaire pour les traducteurs. Il remarque également que la ponctuation opérée diffère de celle de l’édition originale, sans pour autant sacrifier « à l’atmosphère générale ». – Moderniste, Żeleński, semble être le passeur idéal de Gide, car il partage ses idées. Selon le traducteur et théoricien Marcin Cienski :
Żeleński va se servir de la traduction pour créer son canon de textes de littérature française destiné au public polonais. Ce nouveau canon français à l’usage des Polonais devait, selon lui, « sauver » la littérature polonaise des ennuis dans lesquels l’avaient précipitée le romantisme […].
Krystian Klekot parcourt toutes les maisons d’éditions polonaises qui se sont intéressées à l’œuvre de Gide, précisant que « depuis sa première publication, la traduction de Tadeusz Boy Żeleński est restée avec continuité dans le circuit éditorial polonais qui n’a cessé de la reconsacrer, rendant sans doute de plus en plus difficile l’idée de trouver un traducteur osant rivaliser avec l’autorité incontestée de Boy ». Cela renvoyant le lecteur à la question posée, en 2009, par Elżbieta Skibińska : « Traducteur consacré – une entrave à la retraduction ? »
Les Caves du Vatican et Les Faux-monnayeurs en polonais
Joanna Jakubowska, Université de Wrocław
André Gide est surtout connu en Pologne comme auteur de deux fictions narratives : Les Caves du Vatican et Les Faux-monnayeurs ; la première rééditée dix fois, la seconde, six fois – toutes deux disponibles en version audio. Ces œuvres ont retenu l’attention de Joanna Jakubowska, qui s’adresse – pour cette contribution – à l’étude qualitative de la réception polonaise de Gide, ainsi qu’aux effets textuels produits par le travail des traducteurs de ces deux œuvres fréquemment relancées en librairie.
La première traduction éditée en 1937 des Caves du Vatican (1914), anticipée en 1929, par celle des Faux-monnayeurs (1925), « a pu perturber l’image que le lecteur polonais avait à l’époque de l’évolution du parcours d’écriture de Gide ». En revanche, le choix de Jarosław Iwaszkiewicz – traducteur renommé23 – « a contribué à la consécration de la version polonaise du roman », qui avait selon lui, quelques « faiblesses de nature éthique ». Nonobstant cette réserve, Iwaszkiewicz « approuvait la maîtrise du style novateur du roman gidien » :
On retrouve les traces de sa lecture active de Gide dans son Journal et sa correspondance. En raison des similitudes entre le thème de ses écrits (son projet autobiographique et ses pistes homosexuelles, entre autres) et le renouvellement stylistique de sa prose, [qu’]on l’a parfois qualifié de « Gide polonais ».
Quant à la traduction des Faux-monnayeurs, effectuée par Jarosław Iwaszkiewicz, elle semble « à tous les égards excellente », pour Aleksander Milecki, mais plus discutable pour Krzysztof Jarosz. Et, c’est à cet endroit que Joanna Jakubowska interroge les écarts que l’on trouve dans la traduction polonaise des œuvres françaises, qui attendent des répliques, et d’être le reflet du réel vécu par les personnages. La chercheuse montre que les ajouts ou omissions – voulus par le traducteur – nuisent parfois à l’effet voulu par le narrateur. Pour exemple, un moment d’adieu émouvant des Caves du Vatican, où le fragment « adoucie et comme rompue » est omis sans raison stylistico-linguistique évidente :
Original :
Le vieux comte garda quelques instants les yeux clos ; il semblait dormir, mais, à travers sa barbe, on pouvait voir ses lèvres remuer. Enfin il releva ses paupières, tendit la main à Lafcadio et, d’une voix toute changée, adoucie et comme rompue :
« Touchez-là, mon enfant. Vous devez me laisser, maintenant. »
Rétrotraduction :
Enfin il releva ses paupières, tendit la main à Lafcadio et, d’une voix toute changée, adoucie et comme rompue : […]
Versus :
Enfin il releva ses paupières, tendit la main à Lafcadio et d’une voix toute changée, il dit : [verbe ajouté].
La ponctuation – parfois ignorée – est également interrogée, les traducteurs polonais employant rarement les deux points « qui annoncent une parole citée […] retirant ainsi aux verbes introducteurs des citations leur trait d’oralité ». La chercheuse relève donc un irrespect de la traduction des temps grammaticaux des verbes introducteurs de parole. « Les traducteurs traitent l’aspect temporel des verbes de dire de manière arbitraire, recourant tantôt au passé, tantôt au présent, sans qu’il soit possible d’expliquer pourquoi. » La dérision ou l’énergie – voulues par l’auteur – peuvent alors disparaître.
Joanna Jakubowska, grâce à sa fine analyse du détail, a démontré que... :
Les choix des traducteurs polonais face aux séquences de discours attributif dans ces deux fictions narratives canoniques d’André Gide, permet de constater que, malgré leur simplicité stylistique apparente, elles ont représenté un défi pour ces traducteurs aux compétences par ailleurs incontestables.
Les traductions – défi culturel au parcours stratégique – sont innervées par de multiples tentatives : gageure où se coudoient, la science, l’imaginaire, l’intuition, la perception. Ces matières nobles, de la diversité des points de vue, offrent au lecteur une perspective d’une richesse étendue, qui peut être infinie dans un nouveau contexte linguistique. Ces traductions variées permettent à l’œuvre de Gide – reconnue comme un classique de la littérature européenne – de continuer à résonner au-delà de l’Europe littéraire24.
- 1 Simone de Beauvoir, La Cérémonie des adieux, Paris, Gallimard, NRF, 1981, p. 166.
- 2 Jean-Paul Sartre, Écrits de jeunesse, Paris, Gallimard, NRF, édition établie par Michel Contat et Michel Rybalka, Introduction, p. 20-21, 1990.
- 3 Éric Marty,« Gide et les “classiques” »,BAAG, n° 149, janvier 2006, p. 25 et 32.
- 4 La formule est utilisée dans le titre du dossier qui lui est consacré dans le numéro 484 (2009) du Magazine littéraire.
- 5 La Nouvelle Revue française, novembre 1951, « Notes 1913-1951 », p. 200
- 6 Souffrance pour Gide et Madeleine, qui renvoie aux Mythes de l’amour, de Denis de Rougement, où priment au sein de certaines amours, désir de liberté et souffrance. Le lecteur gidien peut en observer quelques éléments conclusifs confondants, dans le Prélude du Voyage d’Urien : « Madame, vous n’êtes pas si belle que nos vies […] si vous saviez madame ! » Dans La Tentative amoureuse :« Madame, […] cette histoire est pour vous, : j’y ai cherché ce que donne l’amour ; si je n’ai trouvé que l’ennui c’est ma faute […]. » Dans Paludes : « Et nos relations, chère Angèle ! […] je tiens à vous faire constater l’impression de stérilité qui s’en dégage. » Dans Les Caves du Vatican : Lafcadio se détourne de Geneviève : « […] il va vers la fenêtre ouverte ; il étouffe […]. » Dans L’Immoraliste, Michel délaisse Marceline, dans La Porte étroite Alissa renonce à Jérôme... Ces femmes sont semblables aux objets de désirs « qui, sitôt que les doigts les pressent, n’y laissent plus que de la cendre ».
- 7 Disponible depuis 2019 en DVD (Doriane Films).
- 8 Dziub et Voegele déploient d’autres arguments évoqués par Martin du Gard, en faveur du texte de Gide.
- 9 Revue des Deux Mondes, janvier 1938, Nikolaï Basily, « Après vingt ans d’expérience bolchévique », p. 83.
- 10 Ibid., p. 92.
- 11 Cette belle étude de Jean-Christophe Corrado est une invitation à lire une nouvelle Édition intégrale (de 1919 à 1998) du Journal intégral de Julien Green, dans la collection « Bouquins », chez Robert Laffont.
- 12 Le B.O.E.N. de 2016 prend en considération l’importance que revêt la forme, le style et la genèse de l’œuvre, mais ne mentionne qu’une seule fois son aspect moral, qui s’égare au sein d’une hyperhypotaxe hermétique. Pourtant, l’aspect moral de l’œuvre n’est pas effacé par les études proposées, des considérations sur la sincérité et l’hypocrisie pouvant être réalisées dès l’analyse du titre du roman ; Alexandra Klinger note l’absence des Cahiers d’André Walter, des Nourritures terrestres ou encore de Corydon dans les références renvoyant à d’autres écrits gidiens, tandis que Paludes, moins utile pour comprendre Les Faux-monnayeurs, y figure.
- 13 Voir note de bas de page d’Anna-Paola Sonsini : « Il faut des prodiges d’érudition pour tirer de l’oubli le journaliste belge Louis Dumont-Wilden. » Michel Trebitsch, « La crise de la conscience européenne avant 1914 », dans Stéphane Audouin-Rouzeau, Jean-Jacques Becker (éd.), Encyclopédie de la Grande Guerre 1914-1918.
- 14 Voir note de bas de page d’Anna-Paola Sonsini : « L’âme d’un peuple ! L’âme d’un petit peuple ! grande, peut-être, comme petite peut l’être l’âme d’un grand peuple. » Edmond Picard, « L’âme belge », Revue encyclopédique, 24 juillet 1897, p. 595.
- 15 Cette revue dédiées auxLettres et aux Arts se focalise sur les littératures de l’Europe du Nord et la vie intellectuelle internationale. Bien sûr, il y a d’autres revues qui traitent la vie intellectuelle et politique
- 16 Deux Prix Nobel, Giorgios Seferis et Odysseas Elytis, sont issus de ces années 1930, glorieuses littérairement.
- 17 Pierre Masson et Peter Schnyder, André Gide, écrivain traducteur, Paris Classiques Garnier, « Bibliothèque gidienne, 31 », 2024, p. 30.
- 18 « Hanté […], par la figure mythique de L'Enfant prodigue ». Voir : Bulletin des Amis d’André Gide- XX, 93 janvier 1992, p. 25.
- 19 Franz Blei, André Gide, Correspondance (1904-1933), Société du livre scientifique, édité par Raimund Theis,1997.
- 20 Peter Mendelsund, Que voit-on quand on lit ? - Une phénoménologie avec illustrations,Paris, Robert Laffont, 2015.
- 21 En 1937, la toute première traduction a été publiée par Towarzystwo Wydawnicze Rój. Cette maison d’édition était très connue durant l’entre-deux-guerres à Varsovie. Elle publiait de nombreux auteurs connus de l’époque, comme Witold Gombrowicz ou Bruno Schulz, mais également les écrits de Tadeusz Boy Żeleński.
- 22 « Entre les deux guerres mondiales, Tadeusz Boy-Zelenski (1874-1941) a traduit en polonais plus de 100 œuvres d’auteurs français, publiées dans une collection qui a pris le nom de « Bibliothèque de Boy » et qui constitue pour les Polonais le canon de la littérature française. Les traductions de Boy et les paratextes dont il les accompagne ont été régulièrement réédités. » Voir Cairn.Info : https://doi.org/10.4000/rde.5296
- 23 Jarosław Iwaszkiewicz est aussi connu pour ses traductions de Pierre de Marivaux, Paul Claudel, Paul Morand, et ses traductions de littératures suédoise, russe, espagnole et anglaise.
- 24 Les œuvres gidiennes ont été dès les années 1930, traduites en anglais, en russe, en japonais, en arabe, puis un peu plus tardivement, en chinois…