André Gide, Éloges, Préface de Jean-Claude Perrier, Paris Fayard, « 1001 Nuits », 2026, 6€
Décidément, André Gide ne s'est pas occupé exclusivement de son œuvre de fiction, ni de son Journal, matrice de la dite œuvre, ni de ses récits de voyages en France et en Europe, ainsi qu'en Russie soviétique et en Afrique. Il a toujours été animé par la volonté d'enrichir la littérature en parlant de ses pairs, en découvrant de jeunes talents, de faire publier, préfacer, traduire les auteurs d'horizons les plus divers. Sa générosité était soutenue par un goût très sûr.
C'est ce que rappelle, fort opportunément, Jean-Claude Perrier dans sa préface aux quatorze Éloges, textes rares sur des poètes, des romanciers, des critiques publiées en 1948 chez Ides et Calendes à Neuchâtel. C'était à l'époque de l'inventif Richard Heyd, directeur de la maison d'édition fondée en 1941 par l'avocat Fred Uhler pour promouvoir les lettres françaises pendant les années noires de la Deuxième Guerre mondiale. Dans sa préface, qu'il a intitulée censément « L'art d'aimer », Jean-Claude Perrier, qui a déjà présenté, en 2024, une conférence originale sur Henri Michaux (Découvrons Henri Michaux, Paris, Fayard, « 1001 Nuits »), rappelle qu'un « grand écrivain se reconnaît à son intérêt pour ses pareils, passés ou contemporains, de toutes cultures et de toutes langues : Gide mit un point d'honneur à traduire Shakespeare ou Tagore de l'anglais, Goethe de l'allemand. Il aurait pu, comme d'autres, traduire du latin son cher Virgile, qu'il lut et relut sur son lit de mort ».
Ce grand lecteur a été un grand critique ; en lisant (ou relisant) ses éloges sur Antonin Artaud, Joseph Conrad, Lautréamont, Ramuz, Rimbaud, Jacques Rivière, Paul Valéry, etc., il nous est loisible de nous rappeler à quel point les grands auteurs ne vieillissent point. Grâce à sa hauteur de vue, sa compétence, son métier surtout, Gide réussit ce coup de force : il élève la critique littéraire à un véritable art.