Iskra et Sido par Catherine Gide
Les carnets Gide 01/03

Animaux

ANIMAUX : en 2022, le mot tient-il encore debout ? En éthologie, on spécifierait : “animaux non humains”. En classification du vivant, on dirait : “métazoaires hétérotrophes”. Et dans une littérature si plurielle, que dit-on ? Partant d'une époque à laquelle le terme n'appelait pas encore de précisions, nous arrivons, en faisant mille détours (utiles) par Gide, jusqu'à la nôtre.

Aboyer avec les chiens

Ambre Philippe

Un chien se promenant sur un mur se détache un instant sur la mer : sensation.
Gide, Journal, 12 janvier 1898

Qu’est-ce que l’aboiement ? C’est une convulsion, une irruption, une secousse. C’est autre chose encore que le cri, la parole ou le chant. Ce n’est pas non plus la ligne tendue (et tendue vers l’autre, ouverte à l’étendue et à l’écho) du loup. C’est tout un corps, une liste de membres qui se mettent en branle tout en se raidissant pour répondre à la seule nécessité de l’expulsion sèche, fixatrice, d’un son qui garde (qui se retourne sur soi, qui protège ce qui se tient derrière lui). C’est la présence absolue, la présence telle qu’elle est insupportable à la plupart des hommes parce qu’on ne peut ni la réfréner ni la contenir, parce qu’elle est inévitable, jouée sur un corps sans pédale, sans sourdine, une alarme tout simplement, au cœur d’un monde humain qui en comparaison chuchote ses bavardages. L’aboiement est le réveil de tout.

Dans la littérature, l’aboiement est souvent la seule présence qui résiste à la solitude tout en faisant corps avec la désolation. Chez André Gide, il est régulièrement associé à la nuit, à la lune et au désert, mais aussi à l’errance à laquelle viennent se frotter les désirs :

[…] mer déserte. Village mort. Un chien hurle dans la nuit… Loques à des fenêtres.
Pas de place pour l’homme. Ne plus comprendre comment tout cela va se réveiller. Désolation excessive du chien. Le jour n’aura plus lieu. Impossibilité de dormir. Est-ce que tu feras… (ceci ou cela) :
sortiras-tu dans le jardin désert ?
descendras-tu vers la plage, t’y laver ?
iras-tu cueillir des oranges, qui semblent grises sous la lune… ?
d’une caresse consoleras-tu le chien ?
(Tant de fois j’ai senti la nature réclamer de moi un geste, et je n’ai pas su lequel lui donner1.)

Le chien peut être lu comme une métonymie de la nature. Plutôt qu’une silhouette, il est un cri, plutôt qu’une forme pleine, un fossoyeur d’absences, plutôt qu’une question, un véritable appel. La nature réclame de l’attention.

Si je choisis de prendre Gide comme prétexte à parler plus longuement du chien, c’est parce que, bien qu’il n’ait jamais consacré que quelques paragraphes à son sujet, ses évocations régulières contiennent les principaux motifs de la littérature canine : les duos chien/écrivain, cruauté/bonté envers les animaux, race/bâtardise, et puis les expressions, les proverbes et fables qui s'appuient sur lui. Gide a eu trois chiens : Toby, mort en 1917 (c’est à lui qu’il consacre le texte le plus long, en sorte de médecin légiste2), Miquette, morte en 1920, et Niska, morte en 1936. Sur Dindiki, le seul animal (un potto de Bosman) auquel il consacrera un livre, il écrit dans son Retour du Tchad : « Je m’étais attaché à ce petit animal comme à un chien : compagnon constant », rejoignant encore une fois Montaigne : « L’amitié du chien est sans conteste plus vive et plus constante que celle de l’homme. » Animal le plus constant, il est aussi le plus constamment présent. Inutile de partir en safari chercher des girafes, d’aller pister des chevreuils, de partir en mer à la rencontre des baleines ou de fouiller la terre à la recherche d’un ver pour faire une rencontre animale. Les chiens sont . Ils sont partout. Et dans toute la littérature, on les entend aboyer. Ils sont l’irruption de la nature dans nos foyers, et, comme les écrivains peut-être, des empêcheurs de s’endormir : rien ne peut les faire taire, pas même les terrifiants colliers télécommandés, réponse la plus ridicule et terrifiante que le XXIe siècle pouvait imaginer à la nécessité d’aboyer.

Cyno-masochiste jusqu’au bout, je décide de commander Entendre les chiens, de Christian Boltanski. Arrive dans ma boite un petit livret contenant un CD. Je le mets dans mon lecteur. Pendant plus de 70 minutes, des chiens aboient. Stupéfaction. Je lis le livret. Je repasse les aboiements. Les chiens qui vivent chez moi se demandent ce que je fais. De toutes parts fusent les interrogations. Voilà le rôle du chien, que Boltanski a bien compris, dans cette œuvre d’une simplicité folle. L’artiste a enregistré ces chiens en France, mais il a installé dans les rues, lors de la Biennale de Venise, des haut-parleurs cachés diffusant leurs aboiements telle une rumeur. Il a choisi de monter cette installation, réalisée par la mystérieuse « amicale des témoins », après avoir découvert une île, à Venise, sur laquelle sont conduits tous les chiens « perdus »… Digne d’un scénario de Wes Anderson, bienvenue sur l’Île aux chiens :

Pour moi « l’amicale des témoins » ce sont les justes, ceux qui disent la vérité, des gens qui voient et qui disent ce qu’ils ont vu, ce sont ceux qui nous rappellent aux obligations morales élémentaires. Les chiens comme « amicale des témoins » appelaient donc plusieurs choses. Il y avait d’abord un sens direct ; cette rumeur de chien qui hurle, très étrange à Venise puisque c’est une ville où il y a très peu de chiens, et puis il y avait un sens plus discret : Venise étant un endroit « parfait », et à plus forte raison dans le contexte de la biennale, complètement hors du monde, c’était une manière de rappeler que le monde extérieur existe, qu’il y a des guerres horribles qui se déroulent ailleurs, que des gens meurent à quelques kilomètres de là, que des usines dangereuses continuent de menacer des populations, etc. Faire entendre les chiens dans Venise était pour moi une manière de faire revenir dans l’irréalité et, au sein de cette ambiance onirique, un peu de la vie réelle, c’est-à-dire : un peu de la vie souffrante. Les hurlements des chiens était une image des hurlements des hommes.

C’était en 2005. Plus proche, de nous, en ce moment et jusqu’en septembre 2022, le Palais de Tokyo présente le film de Laura Henno « GE OURYAO ! POURQUOI T’AS PEUR ! » Sur la photographie choisie pour communiquer autour de l’exposition Réclamer la terre, on peut voir une forêt dense, une densité verte — car nous avons compris qu’il ne s’agit plus d’un fond — sur laquelle se détachent des figures animales : un homme et quatre chiens. Smogi, homme noir, regarde devant lui, la paume de sa main droite au contact d’un chien beige, le dos de sa main gauche contre un chien blanc3. On pourrait penser qu’une laisse les relie, tant la proximité est forte, et le corps de l’un dans la continuité de l’autre. Non. Rien. La laisse est invisible. Les véritables liens le sont toujours. Laura Henno raconte :

La première année, nous avons passé beaucoup de temps à nous promener dans la forêt pour filmer la circulation des chiens dans l’espace. Chaque fois, [Smogi] criait « Djo, Djo, Baba souhira ! », et je pensais que c’était un cri pour rallier sa meute. Je suis revenue l’année suivante avec le désir de passer plus de temps avec lui. C’est là qu’Attou, mon assistant, m’a traduit : « Djo, Djo, c’est ton père qui t’appelle ! »

Djo, c’est le premier chien à vivre avec Smogi. Smogi, c’est un Comorien qui habite les hauts de Mayotte, à l’endroit même où vivaient ses ancêtres marrons, c’est à-dire les esclaves ayant fui les exploitations coloniales (relire l’inégalable roman de Chamoiseau Texaco), et que peuplent aujourd’hui les autres marrons, c’est-à-dire les animaux domestiques devenus sauvages. Bref, hommes et chiens libres4.

Cette histoire est réelle, et c’est à la fois un hymne à la liberté, mais aussi à l’égalité des êtres. […] Lorsque je suis à Mayotte, je vis à la lisière de la forêt. La nuit j’entends les sifflements de Smogi pour communiquer avec sa meute. Ils résonnent en écho avec ceux des bandes de jeunes sans papier des alentours qui vivent avec des chiens pour se protéger. Et plus haut, on perçoit la meute sauvage de Djo dominée par son hurlement. Cela crée une symphonie étonnante où les « sifflements » propres à chaque « maître-chien » répondent aux aboiements des « bergers des Mangroves », qui sont les chiens typiques de Mayotte. Cette musicalité, couplée à l’appel à la prière qui annonce la tombée de la nuit, m’a fascinée. Lorsque les hurlements de Djo et sa meute fusionnent avec le muezzin dans un chant envoûtant qui part de la ville pour gagner les Hauts, c’est comme un souffle de liberté qui exalte la nuit5.

Les chiens nous parlent de ceux qui vivent autrement, à côté de nous. Un chien n’est jamais « seulement » un chien, surtout dans une œuvre, un roman, un film, une peinture. Il est autrement, comme, et plus. La licorne par exemple est limitante, alors même qu’elle est figure imaginaire par excellence. Le chien, c’est un chemin de pensée, d’expérimentation (jusqu’aux plus atroces, si l’on pense par exemple à ce chien à deux têtes, dont celle de Brodyaga — « Vagabond », en russe, parce qu’il avait été trouvé dans la rue — créé par le scientifique Vladimir Demikhov), c’est un itinéraire conduisant à soi-humain par tous les détours possible.

 

Comment se fait-il alors que nous les connaissions si mal ? Quand on prend le temps de réfléchir au chien, on s’arrête toujours un moment, à l’image de Deleuze, qui, à l’écran, dès la première lettre de son Abécédaire, A comme Animal, lance : « l’aboiement, c’est la honte du règne animal, le cri le plus stupide ! », avant, le temps que j’écrive cette phrase, le temps d’une petite pensée en forme de nuage, de se reprendre : « En même temps ce que je dis est complètement idiot… les gens qui aiment vraiment les chats et les chiens ont évidemment un rapport avec le chat et le chien qui n’est pas humain. L’important c’est d’avoir un rapport animal avec l’animal » (ce qui n’est pas le cas de Vladimir Demikhov).

Gide avait, avant l’heure dirait-on, un « côté éthologue », et des intuitions de comportementaliste, tout simplement parce qu’il prenait le temps d’observer — et de noter ses observations :

J’enrage de voir des expériences mal faites, d’incomplètes observations, servir à accréditer des erreurs, celle-ci par exemple que deux chiens laissés ensemble, on peut être sûr qu’ils se battent. Alors, pour l’éviter, on met entre eux une barrière, ou bien l’on tient l’un des deux en laisse, ce qui a pour résultat, précisément, de le rendre furieux. Cette fureur naît de l’obstacle et non du fait qu’ils sont deux chiens. Qu’il y ait auprès d’eux, entre eux, une chienne en chaleur, la question change et encore, même alors ils ne se battent pas toujours. Mais s’il n’y a entre eux ni barrière, ni os, ni chienne, ou si celle-ci est en repos, ces chiens ne se querellent pas, bien au contraire6.

Je me souviens de Boris Cyrulnik racontant à ses étudiants que l’essentiel de sa formation d’éthologue avait consisté en de la « fainéantise » ; à avoir erré suffisamment longtemps sur les plages pour parler la langue des goélands. Que l’on suive le chien et le temps s’étire comme le temps amoureux, et comme le temps littéraire. Chien blanc, de Romain Gary, Un chien mort après lui, de Jean Rolin, Mon chien stupide, de John Fante, L’ami, de Sigrid Nunez… que l’on suive tous ces chiens littéraires et l’on s’apercevra vite de la valeur de l’aboiement, de son inscription dans une temporalité incomparable. Chaque fois qu’un chien aboie, ce sont des centaines de milliers d’années qui s’expriment.

Deleuze dit encore autre chose. Il précise qu’il préfère à l’aboiement le hurlement. Rien de plus banal : l’aboiement est une alarme, le hurlement plus proche du chant — et de ce temps ancestral que je viens d’évoquer. L’un est du côté du loup ; l’autre, du chien (sachant que seul 0,1% les séparent génétiquement). L’un véhicule avec lui une puissance symbolique que l’autre ne porte que de façon aléatoire et ambiguë — j’y reviendrai plus loin, pour laisser hurler d’abord les loups, à travers Baptiste Morizot :

Le hurlement, comme toute voix animale, possède en partage avec la poésie l’usage inséparé des fonctions du langage; la concaténation magmatique des sens et des invites; l’expression sans détour d’un complexe d’émotions et de désirs; la profération d’une manière de vivre inouïe et irrésistible.
[…]
« Je suis là, venez, ne venez pas, trouvez-moi, fuyez, répondez-moi, je suis votre frère, l’amante, l’étranger, je suis la mort, j’ai peur, je suis perdu, où êtes-vous? Dans quelle direction dois-je courir, vers quelle crête, sur quel sommet? C’est la nuit. Percer le brouillard d’une étoile sonore, que je la suive! Et lequel d’entre vous est à portée de voix? Ami? (Sotto voce.) Ennemi? Faisons meute! Nous sommes meute. Allez! Qui m’aime me suive! Êtes-vous là? Je suis l’incomplet, le vôtre, l’inconsolé. (Allegro) Il y a fête à faire, nous sommes sur le départ, la cérémonie est avancée, et je suis fragment. Il y a quelqu’un? J’ai hâte. Joie! Ô joie! » (Quelqu’un a répondu)

Un seul hurlement7. 

Les chiens me passionnent, non parce qu’ils font de jolis profils instagram8 — j’aurais préféré comme Deleuze que la domestication se passe d’en faire successivement des chiens de chasse, de race puis d’intérieur — mais pour tout ce qu’ils cristallisent et qu'il est impossible de développer dans l’escapade échevelée de cet article. Largement et pourtant incomplètement étudié, partiellement compris, le chien est révélateur de l’ambivalence de nos liens : parent du loup, cristallisant la coévolution, la cohabitation, la sélection, les différences de traitement en fonction des pays et des environnements sociaux, parlant aussi bien d’ancestralité, de spiritualité que du rapport actuel à l’animalité (ses contradictions), de la gestion des catastrophes (Tchernobyl, Fukushima, les campagnes d’exécutions en Russie et ailleurs — tuer, ou protéger les rescapés ? Avec la guerre en Ukraine, les questions ressurgissent : pour les civils qui doivent laisser les chiens aux frontières, pour les militaires ayant recours aux chiens sentinelles…), mobilisant tous les aspects de la présence animale au cœur d’un monde complexe, de son rôle (thérapie, élevage) à son accessoirisation (le pet à la japonaise, ou le « toutou à sa maman »), de sa capacité à s’adapter à sa part irréductiblement sauvage (autoprédatation), de sa rentabilité (concours, industrie) à son coût, le chien, à la fois adoré (dans les foyers), toléré (dans les espaces publics) et exclu (notamment des parcs nationaux eux-mêmes, réserves de sauvage), avec sa place d’errant, sa place de combattant, sa place de protecteur ou de symbole, le chien, figure animale singulière aux animalités diverses, et dont nous ne savons, comparativement à la durée d’un couple interspécifique immémorial, rien. C’est du moins ce qu’il ressort de la discussion avec mes voisins. La littérature, elle, m’informe que l’époque de Gide était mieux renseignée que la nôtre, et que Victor Hugo lui-même, alors qu’il n’y avait pas autant de chiens domestiques, condensait dans de simples formules des connaissances profondes :

Vénérons le chien. Le chien, — quelle drôle de bête ! — a sa sueur sur sa langue et son sourire dans sa queue9.

Les humains régulent leur température par la peau en suant, les chiens se rafraîchissent par la langue. Quant au sourire, c’est une jolie façon de dire que le chien communique avec sa queue — ce qui d’ailleurs est un problème pour toutes les races qui n’en ont plus.

Que s’est-il passé ? Sans doute ce que décrit la journaliste Emma Marris à propos du loup Or4, dont elle a suivi les aventures au cours des ans, auquel on s’attache, admirable dans sa survie, son endurance face aux événements, et que « le Parc » finit par abattre d’un tir facile, devant l’échec à maîtriser ses déplacements :

« […] si le loup gris est bien de retour, il revient dans un espace qui a beaucoup changé – un espace plein d’êtres humains, de bétail gras et dépourvu de cornes, de moutons de la taille d’un dîner, de balles en caoutchouc, de patrouilleurs, d’hélicoptères, de tranquillisants, de pièges, de colliers, de GPS et de réglementations gouvernementales. Or4 a réussi en tant que loup. Mais au XXIe siècle, être un bon loup ne suffit pas pour rester en vie. Il faut aussi — ce qui est impossible —, savoir rester à la place que l’homme vous a attribuée10. »

Il s’est donc passé que l’homme a créé pour le chien comme pour le loup un monde éprouvant à vivre, tout simplement incompréhensible, et lui a donné jusqu’à un amour duquel mourir, comme le remarque le vétérinaire Claude Béata dans son livre-témoignage autour des troubles du comportement et de l’euthanasie portant le très beau titre Au risque d’aimer. Nous donnons à vivre aux chiens un monde de laisses et de croquettes, de soumission totale à l’aventure humaine déconnectée de la nécessité et de l’incompressibilité pourtant empressées d’autres réalités. Nous leur avons demandé d’aboyer et nous leur demandons maintenant de se taire. Nous avons été si intrusifs dans leur évolution qu’il en résulte un nombre invraisemblable de races (plus de 300, c’est-à-dire autant qu’il y a de pays dans le monde), qui en font certes un animal en éventail fascinant, mais aussi un animal en souffrance.

Si le chien est tant représenté dans la littérature, ce n’est pas seulement parce qu’il partage notre quotidien : c’est parce qu’il nous ressemble, et non pas parce que nous avons le sourire dans nos queues…

Dans la langue, nous sommes des chiens, des iench, des dawgs, des clebs : quelle que soit la langue, du japonais (inu /) à l’arabe (kelb /الكلب) en passant par l’espagnol (perro) ou les mots qui n’ont plus de nationalité, mais seulement des origines : le chien trimballe toujours, à côté de sa définition de mammifère, une version de lui-même péjorative, sa version humaine : un perdant, un enragé, un barbare, un fou, un traitre…

Dans la littérature, nous sommes des chiens de garde, des chiens de guerre, des chiens pays, des chiens sentinelles, des chasseurs d’esclave, des dogues, des chiens de casse, des chiens errants. Nous sommes tout ce qu’ils ont été ou sont encore dans la vie, et ce à quoi nous les avons formé. Aucun livre ne raconte mieux cela que Chien blanc.

— Il y a encore du boulot, avec le toutou, dit Keys. C’est vrai qu’il m’accepte. C’est moi qui lui donne à bouffer. Je le promène. Je le soigne, je lui gratte le ventre. Je suis aux petits soins avec lui… Alors, il peut bien se montrer gentil avec moi… Je suis son House-nigger.
Mon sourire se casse en deux et disparaît.
Irrécupérable ce salaud-là. Il a décidément la mémoire historique…
Vous souvenez-vous bien de ce qui était un House-nigger, un « Noir de maître » ? C’était un domestique noir qui se frottait à ses maîtres11, les servait avec dévouement, jouait avec leurs enfants, et à qui les maîtres, en échange, prodiguaient leur bonté et assuraient une situation privilégiée parmi les autres esclaves…
Aujourd’hui, les militants utilisent cette expression pour désigner les Noirs qui ont réussi dans la société blanche et qui ont fait leur chemin dans l’establishment…
— I’m his House-nigger
Keys sort de la cage. Il allume une cigarette, avale la fumée rêveuse ment, jette l’allumette… Il lance, sans me regarder :
— Vous ne voulez pas me le donner ?
Je sens bien qu’il se trame quelque chose, derrière ce regard qui m’évite…
— Pourquoi y tenez-vous tellement ?
Il me tourne le dos.
You can’t give up on a dog, dit-il sourdement12.

L’histoire est connue : « Chien blanc », ce chien dressé à attaquer les Noirs, patiemment rééduqué par un Afro-Américain, finit par devenir un « Chien noir » : il attaque les blancs. « Black dog », enfonce douloureusement dans les oreilles du narrateur Keys, alors que s’enfoncent également dans sa peau blanche les crocs du chien, totalement perdu par la folie des hommes. Gary encore une fois réussit ce dont peu d’écrivains sont capables : écrire avec les mêmes mots une histoire d’amour et de haines. À lire absolument.

Tout l’espoir, et toute la cruauté : chez Gide, tout cela existe également13, mais à un degré timide. Le chien sert parfois des vérités puissantes, au détour d’une note dans son Journal, comme cette fois où il trouve un petit caniche noir devant sa porte : « Moi qui me promettais un chien de “race”, je suis servi. N’importe, sachons encore ici préférer les événements qui me choisissent, à ceux que j’aurais choisis moi-même. » Ce n’est pas nous qui adoptons les chiens : ce sont eux qui nous adoptent.

Dans Mon chien stupide, au terme d’une ballade de quelques centaines de mètres censée amener Henry et Jamie, père et fils, sur la plage sur laquelle ils ont décidé d’abandonner un Akita qui s’est invité dans leur cour et qu’ils baptisent spontanément Stupide, Henry, surpris de la façon dont le chien décontenance ses adversaires, décide de le garder et, dans une écriture à la John Fante, c’est-à-dire adossée au manque d’étonnement, accoudée à son propre désabusement, fait déboucher le texte sur une jouissive tirade intérieure qui révèle pour le lecteur toute l’utilité à la fois littéraire et réelle du chien :

Nous sommes revenus sur nos pas, Stupide entre nous, sous un feu roulant d’aboiements. Je savais pourquoi je voulais ce chien. C’était clair comme de l’eau de roche, mais je ne pouvais le dire à Jamie. Ça m’aurait gêné. En revanche, je pouvais me l’avouer franchement. J’étais lasse de la défaite et de l’échec. Je désirais la victoire. Mais j’avais 55 ans et il n’y avait pas de victoire en vue, pas même de bataille. Car mes ennemis ne s’intéressaient plus au combat. Stupide était la victoire, les livres que je n’avais pas écrits, les endroits que je n’avais pas vus, la Maserati que je n’avais jamais eue, les femmes qui me faisaient envie, Danielle Darrieux, Gina Lollobrigida, Nadia Grey. Stupide incarnait le triomphe sur d’anciens fabricants de pantalons qui avaient mis en pièce mes scénarios jusqu’au jour où le sang avait coulé. Il incarnait mon rêve d’une progéniture d’esprits subtils dans des universités célèbres, d’érudits doués pour apprécier toutes les joies de l’existence. Comme mon bien-aimé Rocco, il apaiserait la douleur, panserait les blessures de mes journées interminables, de mon enfance pauvre, de ma jeunesse désespérée, de mon avenir compromis.
Il était un chien, pas un homme, un simple animal qui en temps voulu deviendrait mon ami, emplirait mon esprit de fierté, de drôlerie et d’absurdités. Il était plus proche de Dieu que je ne le serais jamais, il ne savait ni lire ni écrire, et cela aussi était une bonne chose. C’était un misfit et j’étais un misfit, j’allais me battre et perdre ; lui se battrait et gagnerait. Les grands danois hautains, les bergers allemands arrogants, il leur flanquerait une bonne dérouillée, il en profiterait même pour les baiser, et moi je prendrais mon pied14.

Chiens de hasards, qui ont un pouvoir de révélation sur nous. Dans Un chien mort après lui, dont le titre se révèle génial dès le premier chapitre terminé, Jean Rolin ouvre un autre pan du rôle des chiens errants. Nous ne sommes plus dans le rapport d’un individu à un autre, mais d’un homme au peuple-chien vivant à nos lisières, dressant un portrait des « chiens féraux » dans le monde (dont il rappelle qu’il s’agit « d’un anglicisme, ou plutôt d’une importation de l’adjectif anglais feral, qui désigne un animal domestique retourné à l’état sauvage »). Le chien introduit ici d’autres réalités, notamment celle de la place occupée par le chien en fonction des pays. Le portrait d’un peuple-chien est toujours en creux celui des humains avec qui il partage sa zone. « C’est vrai […] que dans la France chaque chien possède un maître ? », demandaient de jeunes Turcs à Gide alors qu’il séjournait à Brousse.

La maison où nous avions séjourné offrait un exemple de ces transformations. Deux soirs de suite, les femmes qui l’occupaient, mère et fille, en avaient refusé l’accès au père, prétextant de son état d’ailleurs incontestable d’ébriété, et l’avait contraint à passer la nuit dehors, dans le sable humide et froid, parmi les ordures et les chiens. Car partout où le sable s’étendait, jusque sous les maisons, les chiens régnaient. Cette prolifération des chiens errants, même si elle ne peut être envisagée comme une conséquence directe du matriarcat, avait accompagné l’effondrement de l’ordre ancien et l’émergence tâtonnante du nouveau. Probables vestiges, ou rebuts, d’une activité pastorale non moins révolue que toutes les autres, ces chiens étaient par surcroit d’une taille considérable. En même temps que leur nombre, c’est leur assurance, ou leur arrogance, qui avait crû, au point que désormais les gens craignaient, au moins la nuit, de s’éloigner de leurs habitations et de s’aventurer dans les sables15.

Les images où se croisent l’humain et le chien sont souvent des fragments puissants d’existence. Ils marquent du sceau de l’éphémère un compagnonnage qui semble éternel à la femme du XXIe siècle que je suis : infini à droite comme à gauche, devant comme derrière, dans toutes les directions. L’humain longe le chien, le chien longe l’humain, ce sont deux réalités parallèles, des voies ferauviaires (des voix férales), ces lignes le long desquelles on voyage, on file, on s’efface, se profile, disparaît, aboie ou hurle. Le cinéma souvent a perçu la force vide des voies ferrées. Le lieu des rails, des liens déraillés, contre lesquelles on vient être quelqu’un : celui qui marche, celui qui parle, celui qui boit, celui qui fume, celui qui attend, celui qui vient faire bande : celui qui erre. Ceux qui forment ensemble l’humanimalité vagabonde. White God (Fehér Isten), de Kornél Mundruczó (2014), s’il ne parle pas des rails, traite magistralement le sujet du lien qui unit les hommes et les chiens.

Comme nous, les chiens peuplent la terre en errant. Ils se multiplient selon des lois sociales qui leur sont propres et celles de la nature qui nous sont communes, ils prolifèrent sans autre raison que celle d’une survie à la fois sublime et imbécile. Ils passent leur vie à errer, c’est-à-dire : à se déplacer, occuper des fragments de terre, passer du soleil à l’ombre et de l’ombre au soleil, tracer des lignes invisibles d’un angle à l’autre selon des chemins intuitifs. Ils errent jusqu’à transmettre ou disparaître. Comme nous ils demeurent et habitent, sans avoir le choix d’exister, et de cette existence mourant toujours.

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Chien errant, Cambodge, 2010
Chien errant, Cambodge, 2010 © Ambre Philippe

Je n’idéalise pas le chien. Ou plutôt, je replace dans ma propre culture ma fascination toute particulière pour les espèces-compagnes (comme les appelle Dona Haraway). Elle est logique : je vis avec lui, je vis parfois même comme lui, parfois même, pour lui. Lorsque Gide cherche à comprendre « le rôle de l’imagination chez les animaux », c’est peut-être qu’il a pressenti le « drame de la modernité » dont parle aujourd’hui Charles Stepanoff comme du « manque d’imagination dans la diversité des formes d’existence et d’amour », ajustant son regard à partir de son immersion dans les sociétés totémiques : « L’animal compagnon est un chaman potentiel tant qu’il maintient la possibilité d’une rencontre avec l’altérité et qu’il nous pose la question de notre rapport au monde. »

Je regarde le chien être chien et quelque chose de lui me parcourt.

Ce n’est pas une émotion humaine, mais animale. (Deleuze avait raison.)

Le chien me regarde être humaine et quelque chose de moi le parcourt. (Deleuze a manqué le rapport humain du chien avec l’humain.)

Et Gary conclurait pour nous tous :

Le seul endroit au monde où l’on peut rencontrer un homme digne de ce nom, c’est le regard d’un chien.

Je me souviens de Vancouver pendant les Jeux olympiques. Longeant une rue jonchée d’êtres humains couchés sur les trottoirs, se piquant en plein soleil, gisant au milieu de verres brisés réfléchissant la lumière, de canettes froissées comme des mouchoirs et, lorsqu’ils étaient debout, claudiquant, j’avais demandé à un local l’histoire de ce quartier. Il m’avait répondu le plus naturellement du monde : « Oh, c’est à cause des Jeux, on ne veut pas que les gens voient ça, ils ont déplacé tous les camés au même endroit pour nettoyer la ville. » Il y a quelques mois, à Paris, je visitais une association dans le 18e : « Ils ont nettoyé la zone, il n’y a plus que les réfugiés africains et tibétains ici, les problèmes de cracks ont été déplacés ailleurs. » On débarrasse les centres-villes des hommes comme des déchets. Il n’existe pas de trappe par laquelle faire disparaître les indésirables, alors on les repousse, loin du regard, dans des zones où ils peuvent librement se détruire. Comme des chiens. Comme les chiens de Venise ; comme ceux du Pakistan. Comme en Inde où, nous dit le sociologue Shiv Visvanathan, les chiens errants sont « devenus une métaphore des travailleurs de l’économie informelle : chez eux même sans domicile fixe, pleins d’espoir, inventifs, et pourtant condamnés ».

Nous avons peur des vagabonds et des chiens errants parce que dans la distance, ils ne nous apparaissent que comme des êtres en survie, en sursis, dans une société qui désire le désir, déstabilisée par cette errance qui suffit à faire tenir debout le chien le plus rachitique et l’homme le plus défait.

En Haïti, le chien aussi est une métaphore puissante, nous dit André Vilaire Chéry16 : « le double concept [le chien pays et le chien d’homme] qui avait d’abord généré la monstruosité d’une condition sociale insolite a développé de la même manière le profond malaise identitaire qui absorbe et perturbe la conscience de la collectivité haïtienne. » Loin d’être le meilleur ami de l’homme, il est au contraire l’image de la menace, qu’elle vienne de ce qui est extérieur comme de ce qui est intérieur à soi. Figure du même et de l’étranger, d’identification et de rejet, comme en témoigne toutes les langues créoles, dans lequel le chyen est tour à tour le sujet humain auquel on s’identifie ou l’ennemi.

Mais contre tous les bavardages, la formule la plus puissante est peut-être toujours le dessin, qui condense cette mer qui mord au molet comme un chien de Césaire, qui condense l’histoire de l’esclavage et des hommes noirs et des hommes blancs et des chiens noirs et des chiens blancs et de tous les marrons. Les chiens de Bill Traylor sont magiques.

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Chiens de Bill Traylor
Untitled (Two dogs fighting) 1939-42 © Bill Traylor, High Museum of Art (Atlanta)
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Traylor, legs construction with five figures
Legs construction with five figures, 1939-40 © Bill Traylor, coll. Judy A. Saslow

 

J’ai voulu, dans un dossier, consigner toutes les images de chiens dans l’art : autant essayer de créer un herbier de toutes les herbes. Mais faisant cela, j’ai eu sous les yeux des images tout aussi marquantes les unes que les autres (de grands photographes comme d’anonymes, de Picasso comme d’amis dessinateurs), des images fidèles au monde, qui montrent la valeur charnière du chien. Prenons, de Cartier-Bresson, l’enfant blond de dos, assis à même les pavés, avec à quelques pas de lui un chien blanc, au Mexique. Retirez-en le chien, comme de vos photographies de paysages ou des lignes d’horizon merveilleusement habitées de Vincent Munier leurs silhouettes (notamment la remarquable série des loups d’éthopie), et vous ressentirez peut-être un frisson, un renseignement par l’échine, de ce que nous perdons à laisser s’éteindre des espèces17 — c’est-à-dire, fondre des possibles. Nous ne laissons plus le vagabondage du monde donner lieu à des inventions, des surprises, des coïncidences heureuses ou malheureuses, les errances créer les conditions de la pollinisation du monde – les conditions de son renouvellement. L’errance est la condition absolue de la rencontre. Il n’y a qu’en coupant les laisses, ces chaînes, que quelque chose de plus peut se passer (quitte à mourir, comme la petite chèvre de M. Séguin)…

Un loup voyant un très gros chien attaché par un collier lui demanda : « Qui t’a lié et nourri de la sorte ? — Un chasseur, » répondit le chien. « Ah ! Dieu garde de cela le loup qui m’est cher ! Autant la faim qu’un collier pesant18. »

Si les fables les plus anciennes semblent indémodables, la langue demande toujours à être réinventée. Remonter le fil du chien me paraîtrait une expression aussi valable que remontrer le cours du temps. Tout comme : laisser le temps suivre son chien… Nous vivons une époque puissante, cynique à sa façon, dans laquelle tout est remis en question. La femme, le noir et le chien vont peut-être de concert réussir des mutations vers la tranquilisation arc-en-ciel de nos errances. Déjà Gide cherchait dans l’observation d’une portée de siamois à illustrer l’idée qu’il se faisait d’une France carrefour : « il y a là comme un phénomène de duplicature, et le caractère de sa race se trouve intensifié par le métissage » (manuscrit inédit). Dans la langue de « la zone19 », on se reconnaît « en chien » comme étant pris dans une condition à la fois accueillante et injuste, qui ne fait pas autre chose que de questionner encore et toujours notre identité.

Ce que nous disent aussi les quelques livres que j’ai cités, c’est que le chien fait bouger les lignes : le chien errant entre dans les familles, à moins qu’il ne retourne au sauvage et qu’on l’y rejoigne. Aboyant, il rend impossible l'invisibilité. C’est un lieu de bascule pour la langue. C’est un lieu de bascule pour la relation. S’il est ce lieu lisière, c’est parce qu’il est à la fois passage et gardien, seuil. Que l’on pense à Anubis, qui accompagne les vivants au Royaume des morts, ou à Kitmir, le "chien des sept Dormants", messager du Coran.

« À quoi servent les chiens, à la fin ? » s’interroge un contemporain de Gide, le pakistanais Patras Bukhari, dans sa nouvelle Kutay. J’espère que les divagations qui précèdent permettront de comprendre dans toute son ampleur ma réponse : les chiens servent à aboyer.

 

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Niska à la Bastide Franco
Niska et ses chiots à la Bastide Franco (Brignoles), vers 1925. © FCG

 

[1] André Gide, Les Nourritures terrestres, Paris, Mercure de France, 1897, p. 57-74. Le passage, écrit à Amalfi, commence ainsi : « Il y a des attentes nocturnes d’on ne sait encor quel amour. »

[2] « Toby est mort hier soir. Je me reproche de n'avoir pas noté au jour le jour les phases de sa maladie. Je viens d'écrire au charcutier de Criquetot, qui, depuis la mobilisation, fait office de vétérinaire, de venir avec les instruments qu'il faut pour l'ouvrir. Je ne comprends pas de quoi il est mort », etc. Voir le Journal, t. 1, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », p. 1018.

[3] Laura Henno, La Meute, Mayotte, 2018.

[4] Laura Citarella et Veronica Llinas, pour leur film Dog lady,  ont également suivi une femme vivant avec une meute de chiens errants en Argentine, aux abords de Buenos Aires (2015).

[5] Voir l’entretien de Messaline Raverdy avec Laura Henno en ligne.

[6] Voir André Gide, Journal, t. I, op. cit., p. 973.

[7] Baptiste Morizot, Manières d’être vivant, Arles, Actes sud, 2020, p. 70-71.

[8] Le prolifique dessinateur Joann Sfar, qui fait si justement trembler les traits de toutes ses créatures, mène une remarquable réflexion, sous des apparences légères, sur la relation à l'autre (de la SPA à Facebook), dans son roman Vous connaissez peut-être (Albin Michel, 2017), qui traite notamment de l'adoption d'un chien. 

[9] Victor Hugo, L’Homme qui rit, 1869.

[10] « Sur les traces du vieux loup », Courrier international, 20 octobre 2017.

[11] C’est sans doute ce dont parle Gide dans le passage de Voyage au Congo où il évoque l’un des « administrés dans le pli de la robe du chef comme un chien », en marque de « tendresse » et de « respect ». Gide y parle aussi d’un chien qui « ne supporte la société que des Noirs » à Bakel, au Soudan.

[12] Romain Gary, Chien blanc, Paris, Gallimard, 1972, "Poche", p. 120-121.

[13] « Les petits enfants du fermier ne se sont pas contentés d'attacher une casserole à la queue de ce malheureux chien perdu ; par surenchère de cruauté ils lui ont, à la patte, entortillé l'extrémité d'un long fil de fer barbelé dans lequel le chien s'empêtre et se blesse. Em., avertie, a fait, pour le retrouver, le tour de l'avenue elle a pris soin d'emmener notre chienne, comptant sur le flair de celle-ci pour découvrir le pauvre animal traqué qui s'était allé réfugier au fond d'une remise, entre les carrioles et les instruments agricoles », etc., p. 389 du Journal de Gide, t. 1, éd. citée.

[14] John Fante, Mon chien stupide [West of Rome, 1985], Christian Bourgois éditeur, "10/18", 1987, p. 46. 

[15] Jean Rolin, Un chien mort après lui, Paris, Gallimard, 2009, "Folio", p. 19-20.

[16] André Vilaire Chéry, Le Chien comme métaphore en Haïti : analyse d'un corpus de proverbes et de textes littéraires haïtiens, Ethnos, 2004.

[17] Pensons au loup. Fin des années 1500 : extinction du loup en Angleterre. Fin des années 1600 : extinction du loup en Écosse. 1770, en Irlande. Années 1800, l’extinction se propage à l’ensemble de l’Europe de l’Ouest. En 1905, c’est le dernier loup du Japon qui est abattu. Vers 1930, on ne compte plus un loup en France. Les années 70 voient le début d’une prise de conscience, avec la mise en place d’un plan de protection adopté aux États-Unis (Endangered Species Act) et en Italie. C’est de là que les loups se déplacent vers la France, dans les années 90. Mais le loup, comme je le remarquais plus haut, ne vit plus dans le même monde.

[18] Ésope, « Le loup et le chien », VIe siècle av. J.C., Fables, traduction par Émile Chambry.

[19] Voir l'original Dictionnaire de la Zone

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Le Petit Prince dessiné par Joan Sfar
Le Petit prince, adapté par Joan Sfar, 2008.