Iskra et Sido par Catherine Gide
Les carnets Gide 01/03

Animaux

ANIMAUX : en 2022, le mot tient-il encore debout ? En éthologie, on spécifierait : “animaux non humains”. En classification du vivant, on dirait : “métazoaires hétérotrophes”. Et dans une littérature si plurielle, que dit-on ? Partant d'une époque à laquelle le terme n'appelait pas encore de précisions, nous arrivons, en faisant mille détours (utiles) par Gide, jusqu'à la nôtre.

Photographie. “Iskra et Sido”

Ambre Philippe

En couverture de ce Carnet, nous avons choisi une photographie prise par Catherine Gide de ses deux chiens, Iskra et Sido, dans les années 1970 à l’île de Ré. 

Les couleurs de l’image ont sans doute été altérées par le temps et la lumière, me rappelant un des daguerréotypes de Takashi Arai, A stray dog1. Ni noir et blanc, ni sépia, ni couleur, le travail du temps et de la chimie sur un bout de papier.

Image

Loin de moi l’idée de comparer une démarche artistique liée à un événement catastrophique (l’accident nucléaire de Fukushima) avec une image prise sur le vif par une amatrice, alors sans doute en vacances à l’île de Ré. Mais l’envie d’établir des liens visuels, à l’image de ces correspondances inattendues qui logent parfois dans nos cerveaux. 

Cette photographie d’Iskra et Sido fixe quelque chose : une certaine sensibilité à la lumière, à la couleur, et aux sujets — deux chiens, mais aussi la mer, vagues et eau stagnante, la terre, dans sa version ensablée. Elle fige aussi l’existence du papier : aujourd’hui en immense majorité numériques, les photographies ne gardent plus rien de la matière et de la présence qui se trouvent de l'autre côté de ce que l'on voit (empreintes des doigts, morceaux de fil, ondulations ; comme le font aussi, et d'une autre façon encore, les daguerréotypes).

Si le chien errant d’Arai porte un collier, les chiens de Catherine Gide n’en ont pas. Ses proches savent qu'elle ne les tenait d'ailleurs, comme le veut l'expression, jamais en laisse, gardant la distance qui est nécessaire à faire naître sur l'autre un regard.

L’occasion d’évoquer la façon qu’avait Catherine Gide d’avoir auprès d’elle des chiens sans jamais les considérer comme des propriétés. Il y a dans cette photographie deux choses essentiellement : un œil, comme on dit, et une vision.

 

[1] Stray Dog (Haramachi, 23 décembre 2011) est la quatrième photo de la série Here and There - Tomorrow's Islands (2011-), que l’on peut voir sur le site de l’artiste.